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Pour le 148ème régiment d'infanterie
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18 novembre 2019

Piégés à Givet, comment y expliquer leur présence?

Piégés à Givet

La retraite du 148ème régiment d’infanterie, un régiment dont les trois bataillons se replient en suivant des itinéraires différents,  est particulièrement laborieuse voire dramatique. La plupart des compagnies sont étirées, perdant nombre de traînards, en groupes ou isolés,  Livrés à eux-mêmes, sans carte pour s’orienter, ces hommes auront le même objectif : marcher vers le Sud afin de regagner la France.

le fort de Charlemont et la villeLe fort de Charlemont dominant la ville de Givet

Parmi ces isolés, certains penseront à se diriger vers Givet, leur ville de garnison qu’ils viennent de quitter en ce début du mois d’août. Givet, c’est la caserne Rougé, là où sous la protection du fort de Charlemont, ils pourront reprendre des forces et qui sait, s’informer sur la position de leur régiment. A l’heure actuelle des recensements, plus d’une cinquantaine d’isolés ont rejoint la ville de garnison. La plupart sont des classes 1911, 1912 et 1913 qui connaissent bien la ville pour y avoir fait récemment leur service militaire  et comme natifs du département, ils connaissent également la région et le tracé de la Meuse.

Comment expliquer leur présence dans leur ville de garnison alors que leur régiment, qui, le 26 août, 

vient de quitter Rocroi, est déjà en route vers la Marne ?

Ils étaient à Givet, épinglons quelques exemples.

Au 1er bataillon

Jules Piron de la 4ème compagnie et Cheront Albert de la 1ère compagnie ?

Laissé seul en défense de la Meuse, le 1er bataillon du commandant Vannière se replie le 23 août suite à la percée allemande à Houx et Yvoir. Si trois compagnies (les 1ère, 2ème et 3ème) se replient sans trop de dommages, il n’en est pas de même pour la 4ème compagnie, celle du capitaine Gantlet, violemment accrochée à Anhée. Elle rompt néanmoins le combat mais avec de lourdes pertes. Une quarantaine d’hommes et deux caporaux manquent à l’appel. Repérés par l’artillerie ennemie lors de leur fuite, les hommes se dispersent pour échapper au tir meurtrier. Plusieurs se sont retrouvés isolés de leur section. Parmi eux Jules Piron ?

D’autre part, la 2ème compagnie s’est repliée sans attendre une de ses sections (celle du Lieutenant de Cappelis) qui combattait à Rivière.  Prise également sous le feu de l’artillerie ennemie, cette section décrochera mais ne parviendra que très tardivement à retrouver son unité. Là-aussi on peut imaginer quelques hommes égarés qui tenteront de rejoindre la France par leurs propres moyens. Parmi eux Cheront Albert ?

voir

http://148emeri.canalblog.com/archives/2018/12/28/36974127.html

http://148emeri.canalblog.com/archives/2018/12/26/36969737.html

Au 2ème bataillon

Le bataillon est resté sous les ordres du colonel Cadoux et combattra à Onhaye. Un combat de nuit pendant lequel un flottement s’est fait sentir parmi la troupe suite au tir fratricide des mitrailleuses du 45ème RI. Des soldats paniqués et désorientés se sont retrouvés isolés, tout comme ceux de la section du lieutenant Legrand, (6ème compagnie), emmenant ses hommes à la poursuite des Saxons. Dans leur élan, ces soldats s’éloignent de leurs lignes. Que sont-ils devenus lorsque leur chef a été tué ? Ont-ils pu rejoindre leur bataillon ou bien ont-ils, étant à proximité d’Hastière, remonté le cours du fleuve en direction de Givet à peine éloigné de quelques kilomètres ?

oscar 2Oscar Deneubourg  pendant son service militaire en 1912,

 Parmi eux Deneubourg Oscar de la 6ème compagnie, Pierre Emile (dit Taquet), Renard Paul et Léon  de la 7ème compagnie,  Vantielcke A. et le Caporal Leveau ou bien encore Robin Maurice, conducteur de chariot de munitions. des disparus à Onhaye. On les retrouve à Givet.

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http://148emeri.canalblog.com/archives/2019/07/11/37492552.html

http://148emeri.canalblog.com/archives/2019/02/16/37092437.html

 Alfred Vantielcke et Fernand Leveau au camps de Zwickau vers 1917 001

Alfred Vantielcke et le caporal Fernand Leveau au camp de Zwickau en 1917. Ils resteront ensemble toute leur captivité

 

 

 

 

 

 

Disparus le 26 août,

 Ce jour-là, une partie du train de combat a été coupée du convoi suite à l’encombrement des routes. Les recherches entreprises par le Lieutenant Lux pour retrouver les chariots manquants furent vaines. Les égarés se dirigèrent vers Givet.

g disparition des bagages à givet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Extraits du JMO du 148ème RI

g disparition des bagages à giveta

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au 3ème bataillon

Bourbon Désiré, 10ème compagnie.

Plus difficilement explicable la présence de soldats du IIIème bataillon. Engagé aux côtés des défenseurs de la place fortifiée de Namur, ce bataillon, en retraitant, passera par Bioul, où il perdit quelques traînards capturés par les Allemands. A partir de ce village, le bataillon suivra un itinéraire  plus rentrant dans l’Entre-Sambre–et-Meuse, s’éloignant de l’axe mosan. Où Bourbon Désiré, de la 10ème compagnie a-t-il été décroché?

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http://148emeri.canalblog.com/archives/2019/03/21/37089534.html

Une sécurité bien fragile !

La ville de Givet ne tardera pas à être sous le feu des Saxons qui amènent leur infanterie et leur artillerie lourde sur la rive droite du fleuve. La menace se précise par l’Est (Beauraing et Felenne) et par le Sud-Est,(Haybes et Fumay)

Caserne RougéLa caserne Rougé, bombardée. Elle nes era pas reconstruite. à droite, en hauteur, le fort de Charlemont

  Le 29 août, le bombardement commence en milieu de journée. Les premiers tirs de réglage tombent sur la caserne Rougé. Bien vite, les défenses souffrent sous la puissance des obus de gros calibre. Profitant de l’inaction du fort, l’infanterie saxonne investit les villages  voisins, l’encerclement se réalise.

Le 30, le bombardement s’intensifie et quelques unités saxonnes entrent même dans les faubourgs de la ville qui tombera en fin de journée. Les derniers défenseurs se réfugient dans le fort. L’artillerie lourde se concentre dès lors sur Charlemont, du 420 destructeur, jusqu’à atteindre une violence ahurissante.

 

givet charlemontUn détail d'une carte postale. l'assaut de troupes saxonnes. Un assaut qui n'aura pas lieu puisque ....

Profitant de cette couverture, les milliers de fantassins se massent au pied du fort attendant l’ordre d’assaut. Craignant un engagement meurtrier, le commandant du fort dépose les armes. La garnison se rend. Le fort de Charlemont et la ville tombent après un siège de deux jours. Le 31 août, selon les chiffres allemands, 40 officiers et 2910 hommes sont faits prisonniers par les régiments de la 24ème division d’infanterie de réserve du général von Ehrental.

Leur première nuit de captivité…

La colonne de prisonniers quitte alors Givet le 1er septembre et après une marche le long de la Meuse, s’arrête à Dinant où les hommes passent leur deuxième nuit. Puis ils prendront la direction de Pessoux. Le 3, départ en direction de Melreux où les attendent des trains qui les conduiront vers l’Allemagne.  Dans un premier temps, les soldats pris à Givet rejoignent le camp de Zossen, proche de Berlin. Au fil du temps, ils seront redirigés vers  d’autres camps comme Hamelin, Lenne, Chemnitz, Bautzen, Zwichau…. pour ne citer que les principaux,  pour 5 longues années. L’un d’eux, Charlet Paul, décédera à Chemnitz en décembre 1918 ! Quelques jours avant de rentrer !

Parmi les défenseurs, plusieurs échapperont à l’emprisonnement. Ils passent au travers des mailles du filet et  tentent de regagner leur régiment déjà sur la Marne ou bien  se cachent dans les bois voisins.

Mariage arthur caché givet familleExtrait du registre matricule des AR Ardennes, bureau Mézière.

  Mariage Arthur, pris le 2 septembre, a faussé compagnie à ses gardiens et s’est caché dans les bois jusqu’au 15 octobre 1915. Il rentrera ensuite dans sa famille à Hargnies jusque la fin de la guerre 

Le capitaine Couthaz Repland, qui blessé le 15 août à Anseremme, passait sa convalescence à Givet. Malgré la présence de l’ennemi, il attendit le moment propice pour s’enfuir et rejoindre les rangs du 148ème ri.

couthaz replanExtrait du JMO du 148ème ri.

 

Goury A. s’échappa aussi mais fut repris quelques jours plus tard  à Revin comme Vallin J., adjudant, intercepté à Rocroi, le 2 septembre ou bien encore Regnier L. capturé, lui aussi le 2 septembre, mais à Charleville.

 

 

 

adj Valin alors sergent en 1912L'adjudant Vallin en 1912, il était sergent.

 

Hélas, il y eut également des morts.

Paulet mort à givet (2) BPhoto Memorialgenweb, photo B. Boucly

 Paulet Paul disparu le 27 et retrouvé mort dans les environs de Givet

Lyotard F. mort le 13 novembre  à Givet ( ?)  inhumé à droite de la grande rampe dans la tombe 85.

 

Quelques listes de prisonniers dont certains du 148ème RI

 

liste 148 givet2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

liste 148 givet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Givet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sources

Archives du Comité internationale de la Croix-Rouge à Genève, listes de prisonniers, extraits

JMO du régiment

Archives départementales des Ardennes, matricules

Photos reçues de familles

Memorialgenweb, photo de B. Boucly

cartes postales anciennes

 

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