Une victoire non exploitée

Cette page ne donne qu'un aspect du combat d'Onhaye. Celui donné par Cadoux, le colonel du 148ème ri.  Toutefois, le lecteur plus curieux de la chose peut se référer à une recherche beaucoup plus fouillée qui, incluant tous les régiments ayant participé à l'engagement, "remet" le IIè bataillon du  148ème dans le contexte  général du combat. Voir sources

Selon le rapport rédigé par le général Cadoux.

243ème ri, 1914 Les informations recueillies dans les notes du colonel Cadoux semblent attribuer  la réussite de l'opération au seul 148ème ri. pourtant d'autres régiments ont participé au combat et ont rempli leur part du "travail". Tout comme le 148ème ri, les 233ème et 243ème ri affirment être les premiers entrés dans le village lors de la reconquête!

Qui a raison?

Le drapeau du 243ème régiment d'infanterie août 1914

Sur la Sambre, à l'ouest de Namur

"Le général Franchet d'Esperey, commandant le 1er corps, décide d'attaquer les régiments de la garde (IIe armeekops)  qui franchissent la Sambre en amont de Namur . Son artillerie prépare le mouvement par un feu intense. Les Allemands, décontenancés, s'arrêtent et prennent leurs dispositions pour faire face au 1er corps. Celui-ci allait déboucher (13 heures, le 23) quand soudain le général l'arrête. Il vient d'être avisé que les bataillons réservistes de la 51ème  division (Boutegourd) postés le long de la Meuse, en amont de Dinant, ont laissé les  Saxons franchir le fleuve, qu'ils se sont repliés en désordre suivis par l'ennemi dont un détachement occupe Onhaye, sur le plateau dit de Melin, derrière la droite de notre Vème armée....   Ce sont les événements qui se sont déroulés dans la matinée du 23 sur le plateau, aux abords de la ferme de Lenne, qui ont fait dire à tort qu'Onhaye était occupé à 13 heures" précise-t-il.

Une fausse information lourde de conséquences...

Onhaye 1Extrait du journal vers l'Avenir en 1920

Onhaye est occupé depuis 13h 30, le 23 août... Cette fausse information, qui est remontée jusqu'au général Franchet d'Esperey, faussera son jugement!  Onhaye tient toujours... Le village ne tombera que vers 18 heures.

Onhaye 2"Occupation, qui à l'heure où ce renseignement parvenait au général Franchet D'Esperey, pouvait être grosse de menace et de conséquences" écrit Cadoux.

Le soldat Joseph Degaugue est un témoin privilégié de tout cet engagement. Faisant partie de la 5ème compagnie, il se trouvera en première ligne pour l'attaque. Il a noté ses sensations dans son carnet. Ses notes serviront de fil conducteur à notre récit.  Voir  http://148emeri.canalblog.com/archives/2018/12/19/36953195.html

En réalité, Onhaye ne sera occupé par les Allemands que vers 18 heures. Une heure à peine avant l'arrivée de Mangin! Le IIème bataillon du IR 181 , le Ier bataillon du IR 104 et le Ier bataillon IR 106. L'assaillant est donc à peine installé dans ses nouvelles positions.

 

0000 pour onhaye le 148 8 brig

Un témoignage résumant la journée du 23 août 1914 (JMO de la 8ème brigade)

Le 148ème en marche vers Onhaye

JMO du 148ème ri

BioulJournal de J. Degaugue

"Patrouille de nuit et le jour à Hun et à Rouillon. Le service de garde est fatigant. D’ailleurs d’habitude, on se lève à 2 heures du matin, je passe toute la nuit.  Départ à 2 heures du matin (vers) Bioul, (Départ de Bioul) on se déploie en tirailleurs. La population fuit, l’artillerie se place en arrière. On croise le…?  corps d’armée. On marche. On voit beaucoup d’automobiles. –( véhicules belges) Après avoir fait 40 kilomètres, on arrive à Anthée. (+/- 22 km en réalité). Le groupement arrive à Anthée, on pense se reposer tant on est fatigués. On continue". "Une courte pause, juste le temps de remplir sa gourde d’une eau fraîche" dira un autre témoin.  Cadoux apprend qu’une première contre-attaque a eu lieu mais sans résultat. Son  groupement participera donc à la seconde vague commandée par Mangin en personne.  Encore 6 Km ! En passant par Gérin. "On allait se mettre à table...". Les Français arrivent et installent leurs mitrailleuses".

Gerin18 h 45

Le II/148, arrivé à 1 km d’’Onhaye, essuie un feu d’infanterie de l’ennemi déployé à la lisière Ouest du village. Le chef de bataillon Graussaud déploie sa troupe, formation en colonne double  ouvertes. Une première ligne constituée de la 6ème compagnie du capitaine Didier au Nord de la route, la 5ème compagnie du capitaine Renon au Sud de la route. A 400 m en arrière, la seconde ligne composée de la 8ème compagnie du capitaine Trécca au Nord de la route derrière la 6ème cie, et la 7ème compagnie du capitaine Mathieu au Sud, derrière la 5ème cie. La section de mitrailleuses est disposée sur les hauteurs de l’aile gauche. A 600m en arrière de la seconde ligne, le bataillon du 45ème ri du chef de bataillon Bourdiau est en appui d’attaque.

Onhaye, planLe plan du village

1) le 243ème régiment d'infanterie qui ne serait resté qu'une demi-heure sur le terrain! (JMO) mais revendique le fait d'être entré le premier dans le village!

2) le 1er bataillon du 45ème en réserve derrière le 148ème Ri

3) les deux lignes d'attaque du 148ème ri. qui, après avoir traversé le village, continuent leur progression vers les fermes de Froidmont et Lenne avec en face les IR 106 et 104.(Allemands)

4) le 233 ème ri qui sera confronté au IR 181 (Allemands)

 

 Plan d'attaque du IIème bataillon du 148ème RI. En première les 6ème et 5ème compagnies, en seconde ligne, les 8ème et 7ème compagnies, le Ier bataillon du 45ème en appui. La section mitrailleuses sur les hauteurs (Nord). Le 233ème ri au Sud en direction de Hastière pour couper la retraite aux Allemands.

L’assaut sera soutenu par deux groupes d’artillerie du lieutenant Colonel Aillaud. Le premier battra le village d’un tir progressif avec fauchage (limitant les capacités de riposte de l’ennemi), le second exécutera un tir de barrage sur l’arrière du village (empêchant l’arrivée éventuelle de renforts).

Gérin, tirLes deux compagnies de tête avancent par bonds successifs protégés par les tirs de l’artillerie. Un feu qui doit s’allonger au fur et à mesure de la progression de la 1ère ligne.  « Un feu infernal (qui) électrise les hommes qui progressent trop rapidement", se rapprochant même dangereusement de la ligne de feu de leur artillerie. Les avant-gardes marquent un léger arrêt, le temps pour les artilleurs d’allonger leur tir.  

"Un feu infernal" ! Cet accompagnement des premières lignes du 148ème ri n'épargne certainement  pas les maisons le long de la rue principale, l'axe de progression du 148ème ri. . Qui de l'artillerie allemande ou de l'artillerie française a occasionné le plus de dégâts dans le village?

Les pantalons rouges du 148ème ri avancent "drapeau en tête et la musique jouant la Marseillaise" fait confirmé par le colonel du 233ème ri qui flanque la droite du mouvement.

Onhaye, Bombe incendiaireTémoignage d'un villageois

  L’ennemi dans l’impossibilité de répliquer voit les premiers éléments du 148ème ri  se rapprocher. Il abandonne le village non sans avoir bouter le feu à plusieurs maisons autour de l’église ainsi qu'à plusieurs fermes extérieures au village.

Lennes, ferme de Lennes

Que raconte Joseph Degaugue "On se forme en ligne de sections. Déploiement en tirailleurs. Bonds pendant 1300 m environ. Quelle course. Un sous-officier est devenu fou. Quelques tirailleurs tués côté à côté. Un tué avec son sac pour abri. Baptême du feu. Cela ne me fait rien. Les balles sifflent mais trop haut. Il est nuit (?) car on a commencé vers 7 heures. Le village d’Onhaye est en feu. On ne voit pas (les) Allemands. (Les) mitrailleuses fauchent, (les) 75 nous protège".

19h45. L’artillerie cesse le feu et se retire. Les hommes du 148ème se répandent dans le village et en chassent les derniers Saxons, dans un combat « presque au corps à corps », comme ceux du 233ème ri.

 

Hastière 233JMO 233ème ri. Le village est dégagé, des soldats libèrent également le bétail enfermé dans quelques granges en feu.

20 h. L’ennemi recule en s’accrochant néanmoins au terrain. Une de leurs mitrailleuses « se démasque » et tente de couvrir une contre-attaque. Mais sans appui d’artillerie, les Saxons ne peuvent prolonger leur effort. La 6ème compagnie réagit. Le lieutenant Woiry, à la tête de son peloton, est tué dans les premiers, tout comme son chef de bataillon Graussaud et le capitaine Didier qui, présents à la tête de la compagnie, chargeaient les Saxons.

Onhaye, SaxonsUn extrait de l'historique du IR 106, il semblerait que des sections des 2ème et 4ème compagnies et les mitrailleuses aient lancé la première contre-attaque. Des officiers seront tués lors de l'engagement.

  Du côté de la 5ème compagnie, on signale peu de pertes. Seul le sous-lieutenant Bernardin est blessé. Mais dans la réalité, combien de tués ou de blessés dans la troupe ?

"Inconscience sous les balles, (on) charge la baïonnette au canon. (on est) écrasé par les mitrailleuses allemandes, au moins un bataillon". (c’est la 6ème compagnie qui subit le feu), J. Degaugue charge avec sa compagnie sur la droite de la 5ème. Le feu est moins intense. L’ennemi abandonnant le terrain, recule vers Waulsort et Hastière.

Chaque ferme fait l'objet d'un combat acharné. Le capitaine Mathieu à la tête de la 7ème compagnie reprend l'une d'elle.

mathieu OnhayeLa 7ème compagnie:

capitaine Mathieu secondé par ses lieutenants et sous lieutenants Camus, Picard (lt de réserve) et Tassin (jeune sous-lieutenant Saint-Cyrien)

 

Anthée, dans les campagnesLe IIème bataillon cesse son effort et s’installe dans les campagnes, dans les betteraves, à l’Est du village. Un repos de courte durée.

J Degaugue note que... a été fait prisonnier.

22 h. les Saxons sont de retour et lancent une ultime tentative pour reprendre le village. De nouveau, la 6ème compagnie est aux avant-postes. Le lieutenant Legrand, voulant « venger la mort de son camarade Woiry » se lance « en flèche, trop loin de la ligne de feu ». Il tombe à son tour, « mortellement blessé ». La 5ème compagnie participe à ce dernier mouvement renvoyant définitivement l’ennemi au-delà de Lennes. Du cadre de la 6ème compagnie, il ne reste que les sous-lieutenants Bernardin (un officier de réserve) et  Philippe Gaucher, jeune officier fraîchement diplômé de Saint Cyr (promotion La Croix du Drapeau, 1914)  et envoyé au 148ème ri le 15 août 1914. A peine huit jours de présence ! Il a 20 ans ! Il sera tué le 25 septembre 1914.

Une terrible méprise

Charles Bonneau, soldat à la 3ème compagnie du 45ème ri, est présent lors de la reprise de Onhaye.

"Nous allons voir une vraie bataille. A gauche de la route, face à Onhaye, deux compagnies foncent à l'assaut du village qu'il faut reprendre à tout prix. Nous, 3ème compagnie , à droite de la route, nous avons une ferme devant nous.   Les Boches ont mis le feu aux maisons. Un officier arrive ventre à terre et fait cesser le feu de nos batteries. Les Français se tirent mutuellement dessus..." (voir sources)

Un autre télmoignage, celui  de Joseph Degaugue

"Sous le feu du 45ème ri et des régiments de réserve  ( 233è et 243è ri). Retraite. (des) mitrailleuses dans l’église". J. Degaugue et sa compagnie sont pris sous le feu d'unités françaises.  Pour lui ce sont les mitrailleuses du 45ème qui se trouvent près de l'église qui sont responsables. Mais... est-ce le feu des mitrailleuses du 45ème ri ou le feu des compagnies du 233 et 243èmes ri ?

Pour le chef de bataillon du 45ème, la responsabilité est à mettre sur le compte « des compagnies du 233e et du 243e venant du Sud, ont suivi le mouvement, et là, en pleine nuit et mélangées, se mettent à tirer et tirent les uns sur les autres. Il est impossible de faire cesser cette tuerie parce que l’enlèvement de la position a été faite de nuit et que les fractions du 233e et 243e sont affolées, tout le monde déployé sans réserve ».

Waulsort 233Extrait du JMO du 233ri

Pour le 233ème, (dont le colonel retire ses troupes), le rapport semble  dédouaner les unités engagées. Le clairon sonne le cessez-le-feu sur ordre de Cadoux qui dévine le danger.

De même pour le 233ème ri, selon le JMO du 243ème ri, le régiment s’est désengagé immédiatement après la reprise du village. Il n’aurait donc pas été présent en fin de soirée.

"Ne vois plus le 148ème. (je) vais rassembler tout ce qui reste à Anthée. Soif ardente ; je reviens à Onhaye. Maire assassiné. (ce n’est pas le bourgmestre  mais un des fermiers tués et dont on a déposé le corps dans la maison du bourgmestre)   Des blessés jetés dans le feu. Horreur. Eau empoisonnée. A 1 heure du matin,  la bataille est terminée". Joseph Degaugue semble séparé de sa compagnie ou bien a-t-il reçu un ordre pour une mission ? Rechercher les isolés qui se seraient replier vers Anthée?

Anthée, repos Après quelques heures de repos…, le II ème 148 quitte Onhaye.

"A 2 heures, départ.  Le matin, nombreux morts", écrit J. Degaugue.

Combien par  ces tirs fratricides?

Et  Cadoux de conclure...

Anthée, conclusion

 

 

 

 

 

 

 

... "n'ont plus osé se mesurer à eux"

Quelques photos d'époque des destructions occasionnées dans le village.

Destructions occasionnées par l'artillerie allemande mais également par l'artillerie française lors de la contre-attaque

Onhaye, plan détail a


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1 la propriété du chevalier Diericx,  2 la chapelle de Bon-Air,  3 le Forbot (lieu-dit),  4, la maison de  Pochet Alphonse, pris comme otage et fusillé, 5 des maisons incendiées près de l'église (flèche rouge),  6 direction de la ferme Froidmont (hors plan). Entre le 5 et le 6 la ferme de la Sicaille

propriété

chapelle Bonair

Quartier Bonair

route du Forbot

 

 

 

 

 

 

 

1 la propriété du chevalier Diericx

2 la chapelle et le quartier Bon-Air

3 le lieu-dit Forbot et 4 la maison d'Alphonse Pochet

5 des maisons incendiées près de l'église.

6 la ferme Froidmont

Onhaye église

ferme Froidmont

 

 

 

 

 

Les lieux actuellement

Onhaye, église

Onhaye, Froidmont

 

 

 


 

Onhaye, Bon-air

Onhaye, quartier bonair

Onhaye, Forbot

 

 

 

 

 

Onhaye, la Sicaille1 et 2, le parvis de l'église et la ferme de Froidmont

3, 4, 5, la chapelle et le quartier Bon-Air, le quartier du Forbot et la maison de A. Pochet

6 la ferme de la Sicaille.

1Les photos originales (d'un très petit format) n'ont pas résisté à l'usure du temps. La qualité de reproduction s'en ressent

Sources

Pour plus d'informations, voir l'excellent  livre de Mr V. Scarniet

1914-2014, Souvenons-nous!

L'entité d'Onhaye dans la tourmente.

ed: ASBL "Autour du Floyon", cercle d'histoire locale du grand Onhaye

J. Schmitz et N Nieuland, Documents pour servir à l’histoire de l’invasion allemande dans les provinces de Namur et de Luxembourg,

L’Entre-Sambre-et-Meuse

JMO des 148ème, 243ème et 233ème ri

Notes personnelles du colonel Cadoux

Le carnet de guerre de Joseph Degaugue

Le rapport du commandant Beaurieux, du 45ème RI

Archives ecclésiastiques , Fond Schmitz,   Onhaye

Historique du IR 106

Pierre Bourget. Fantassins de 14, De Pétain au poilu, Chap IV Saint-Gérard, Onhaye, ces villages où l'on meurt...PP 125- 133.EdPresse de la Cité 1964

Journal Vers l'Avenir, 1920, le combat d'Onhaye

Journal officiel, Gallica, citation

Le chtimiste, photo du 243ème RI

Le témoignage de Charles Bonneau est tiré de : La camaraderie au front de A. Lafon

Photos personnelles