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Pour le 148ème régiment d'infanterie
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17 août 2021

Du 15 au 30 mai 1915, creuser des tranchées sous le feu ennemi

Le 15 mai, le 148ème ri, quittant le secteur du Bois du Luxembourg,  amorce son mouvement vers ses nouveaux emplacements, le 1er bn,, en avant-garde, et le  2ème bn, partent d' Hermonville pour se rendre à Guyancourt où ils bivouaquent. Dès le lendemain, de nouvelles positions lui sont attribuées, Les 1er bn, le 2ème et le 3ème bn (qui vient d’arriver des tranchées du secteur de la ferme du Luxembourg), se déplacent pour relever des unités du 74ème tranchée du Mont Doyen et 39ème ri dans les tranchées du Bois Franco-Allemand. Alors que la relève est à peine  amorcée, les Allemands déclenchent une attaque voulant certainement profiter du flottement qui règne souvent lors de cette pratique.

JMO 74e Ri, Ville au BoisExtrait du JMO du 74ème ri qui confirme le JMO du 148ème ri.

«  21h 20  violente fusillade avec des tir de 77 qui éclatent  sur le front faisant face aux nouvelles tranchées du Bois de la Mine et la gauche du Mont Doyen. Des fantassins débouchent, grenades en main, et se ruent vers les lignes françaises ». Afin d’empêcher la progression de la relève,  l’artillerie  ennemie déclenche un tir de barrage sur  « les boyaux  et routes venant de la Pêcherie et de Pontavert » mettant en difficultés les premières compagnies avancées du 148ème ri.

Le commandant Bertrand prend alors l’initiative de faire monter la 2ème cie du Lieutenant de Mascureau  en soutien. Pendant que trois sections  renforcent les 4ème et 1ère compagnies des capitaines Camus et Remy, la 4ème section  ravitaille les lignes en grenades et en munitions. Le combat est incertain, des éléments ennemis  s’infiltrent entre le bois Franco-Allemand  et le bois de la Mine. Une percée significative heureusement bloquée  par les feux de la compagnie du capitaine Villars ainsi que par les tirs des mitrailleuses et des organes de flanquement du bois Franco-Allemand. 22 heures l’attaque faiblit et s’arrête quelques instants mais reprend avec autant de vigueur. Après cette seconde tentative de percée, il est 23 h 30, l’ennemi se retire « obligé de rentrer dans ses abris en raison de la violence  du feu déclenché  sur eux » sans avoir pu atteindre ses objectifs.

Bois de la Mine, le 16 maiExtrait du JMO de la 2ème division d'infanterie.

Les pertes pour ce jour, 3 tués et 26 blessés.

Les feux de la compagnie du capitaine Villars

Joseph  Degaugue, sergent dans la 3ème compagnie du capitaine Villard témoigne « Tout à coup, un frôlement de branches, on ne sait quoi, la fusillade se déclenche à droite puis de notre côté. Qu’y a-t-il ? On ne sait pas. Est-ce une attaque boche. Je me suis confectionné un crochet pour déboucher les grenades (grenades réglementaires rondes) Je la débouche à la main droite, la grenade fuse, je la lance vigoureusement de la main gauche en ayant soin de ne pas heurter les arbres près de notre tranchée. La grenade éclate en mille morceaux au-dessus des Boches avec un bruit inouï. Cela grise de lancer des grenades. La fusillade se calme un peu, cela reprend pour s’éteindre ensuite ». Le combat cesse, la relève peut reprendre. Le 148ème ri est seul dans le secteur. Mais l’ennemi n’a  pas abandonné  l’idée de reprendre quelques tranchées aux Français. Et avant la fin de la nuit, il lance une nouvelle attaque. Mais de nouveau repoussés par la vive résistance des défenseurs, les Allemands regagnent leurs lignes de départ. Du vécu pour Joseph Degaugue « Les nerfs sont très tendus. On surveille plutôt avec l’oreille qu’avec la vue. L’œil ne peut rien discerner dans cet enchevêtrement de branchages tordus cassés tandis que le moindre mouvement est révélé par le craquement d’une branche. Vers quatre du matin nouvelle fusillade. On ne dort pas, on tombe de fatigue ».

Au travers de ce témoignage, on devine l’anxiété des soldats. C’est dans ces conditions que les hommes s’installent dans le quotidien  de la vie en tranchées, un quotidien plus angoissant vu la proximité des lignes adverses : « la première ligne n’est qu’à 20 m des tranchées boches Il y a même un endroit où la tranchée  est à 7 m des Boches. Nous allons en 2ème ligne, je ne m’y sens moins en sécurité qu’en première ligne. Nos sentinelles sont pourtant nombreuses mais il y a toujours l’obsession» écrit encore  notre témoin. Dans certains boyaux, la proximité de l’ennemi est encore plus forte ; Dans un des boyaux, Français et Allemands ne sont séparés que par un barrage de sacs de terre. Le soldat Arthur Delva qui en a la garde abat un officier allemand  venu en reconnaissance.

Sans cesse des tirs de grenades...

grenadier allemand dans le bois de la MietteUn grenadier allemand avec des grenades accrochées au ceinturon

grenadier allemandDes grenades lancées avec le fusil.

Une occupation des tranchées perturbée par de brefs échanges quasi journaliers : des tirs de grenades allemandes qui suscitent, comme réponse, de vives fusillades de la part des défenseurs  du 148ème ri. Epinglons quelques exemples

Le 17, 22h 30 nombre de grenades tombent sur les lignes françaises qui répondent par un feu nourri.

Parfois c’est un feu d’artillerie qui tourmente les défenseurs causant de nombreux dégâts aux tranchées mais heureusement ne faisant que très peu de victimes.

Le 26 mai, L’artillerie ennemie arrose tout le secteur avec des obus de différents calibres et plus particulièrement sur les tranchées du Mont Doyen. Malgré cette accumulation de tirs, les pertes sont « minimes ». 3 morts et 12 blessés.

Parfois un court répit permet aux hommes de recouvrer un semblant de calme …..avant le déclenchement d’une nouvelle attaque.

carte 1Carte sur base du JMO du 21 mai

Le 21 mai

Ce jour-là, c’est le 1er bataillon du commandant Bertrand qui est en première ligne dans les tranchées du Bois de la Mine. En première ligne, à gauche,( rouge), la compagnie du lieutenant de Mascureau et à droite (rouge) celle du capitaine  Villars. En seconde ligne, à gauche (bleu), la compagnie du capitaine Camus et à droite (bleu),  celle du capitaine Remy. en retrait (jaune) le PC du chef de bataillon Bertrand. Flèches noires, attaque allemande.

Vers 23h30 l’attaque débute devant le front du Bois Franco-Allemand. Les compagnies subissent un feu intense d’infanterie et de mitrailleuses et des tirs de grenades. L’engagement dure une heure et s’arrête après l’intervention de l’artillerie française. Malgré la violence de l’assaut, il n’y a que trois blessés dont le lieutenant de Mascureau,  qui s’était porté sur le flanc le plus menacé de sa compagnie et qui fut blessé à la face par une grenade.

Observer l’ennemi et deviner ses intentions

Tous les moyens sont alors mis en œuvre pour observer l’ennemi afin de récolter des informations annonciatrices d’un assaut.

Bois de la Mine, patrouilleExtrait JMO de la 2ème division d'infanterie

 Des patrouilles qui, à chaque fois, rapportent des armes, tant françaises qu’allemandes, et de l’équipement trouvées entre les lignes, tout en explorant les secteurs entre les lignes ainsi  « Une patrouille emmenée par l’adjudant Marit et 3 hommes, partie à 22 h 30 et rentrée à 0h20 signale des automobiles allemandes sur la route 44. Elles ont débarqué du matériel près du Bois aux Boches". Tandis que le 28 mai, une patrouille est organisée, avec pour mission de reconnaître un poste d’écoute allemand un peu trop près de la première ligne. Quelques mètres. L’aspirant Ythier, le sergent Plaquin, un   caporal et un  soldat  de la 1ère cie,  se glissent le long de la lisière sud du bois de la Mine « et (l’aspirant Ythier) peut arriver d’abord jusqu’au poste d’écoute qu’il trouve inoccupé. Il continue jusque la première tranchée allemande  et rend compte au lieutenant Cols qui fait occuper le poste d’écoute pendant que l’on transporte vers l’arrière le matériel trouvé. De plus, pendant qu’on aménage le poste, le sergent Plaquin fait enterrer un soldat du 39ème ri dont il rapporte la montre et le portefeuille".

Ville-au-Bois, poste d'écouteExtrait JMO de la 2ème division d'infanterie.

  A 16h 30, le lt colonel qui s’est porté près du poste d’écoute apprend que l’artillerie lourde va exécuter un tir sur les points Q et Q’. Il rend compte de la situation et afin d’organiser Q’ et d’y installer un poste demande que le tir soit exécuté sur un autre point. A 17 heure 30 il reçoit l’ordre par téléphone de faire évacuer Q’ pour permettre  le tir d’artillerie lourde ».

Joseph Degaugue témoigne « L’artillerie française fait un tir de repérage. Nous sommes prévenus de l’heure car les éclats viennent retomber dans nos tranchées. Son tir est extrêmement précis, les obus tombent dans les postes d’écoute boches ». Néanmoins, les Allemands reviennent occuper le poste. En réponse,  un poste d’écoute, aménagé avec l’aide du génie, et tenu par des hommes de la compagnie du capitaine Remy,  est placé quelque peu en avant.

 Le poste d’écoute, un endroit excessivement dangereux mais dont le rôle  est primordial.

poste ecoute 23 maiPour preuve l’acharnement dont chaque belligérants fait preuve  pour détruire celui de son adversaire. Le soldat Pennanneck Hervé est resté pendant 1 h 30 dans un poste d’écoute "en but aux grenades lancées par l’ennemi, blessé, il n’a quitté son poste que sa mission terminée", en revanche Ebinger Pierre n’a pas eu autant de chance : « étant en but dans le poste d’écoute aux grenades à main lancées par l’ennemi est resté à son poste répondant coup pour coup aux grenadiers ennemis jusqu’au moment où il a été tué ».

Ville-au-Bois, un coup de mainExtrait du Jmo du 148ème ri

Un coup de main pour neutraliser le poste ennemi. : les caporaux Prilleux Eugène et Joly Pierre accompagné du soldat Stordeur de la 1ère compagnie ont, étant volontaires, « en plein jour, ont été mettre la main sur un poste d’écoute et ont fait preuve en cette circonstance  du plus grand courage ».

Dans les arbres

Des observateurs placés dans les arbres observent les mouvements ennemis comme les soldats Geulin Henri de la 11ème cie et Andry Gaston de la 9ème  cie "qui sont restés 18 heures en observation au sommet d’un arbre situé à 50 m des tranchées ennemies et qui ont pu fournir des renseignements précis sur l’effectif , la composition et la relève des troupes allemandes »

Aménager le secteur

Bien que le danger soit permanent, (les grenades, les obus ou les tirs de l’infanterie), les hommes du 148ème vont entreprendre une série de travaux  afin d’organiser  une nouvelle ligne de défense dans le Bois de la Mine.

Epinglons trois exemples significatifs

Le 20 mai…Profitant d’une accalmie les travaux reprennent de plus bel. Pose de fil de fer et de chevaux de frise tout en aménageant les tranchées ou bien encore.

Le 22 mai... où c’est sous le bombardement de 77 que les hommes continuent  à renforcer les réseaux de fil de fer et la pose de défense accessoires ainsi que de chevaux de frise

Le 26  où il faut remettre en état ce que l’artillerie ennemie qui a arrosé tout le secteur avec des obus de différents calibres et en particulier les tranchées du Mont-Doyen qui sont fortement endommagées.

a carte 2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelques emplacements repris dans la liste des travaux effectués par le régiment.

 1 Bois de la Mine, 2 Clairière des Vaches, 3 Boyau blanc, 4 tranchée Emmanuel, 5 Bois de la Mine, 6 Boyau central,

7 les boyaux a,b,c,d.,  8 le poste Q', 9 le Mont Doyen

A la fin de sa présence, le 148ème laisse un secteur mieux mis en défense avec redan au Nord, une nouvelle ligne de défense à l’ouest du mont Doyen et poste avancé en Q’, organisé la 2ème ligne au Sud-Ouest du mont Doyen, creuser des boyaux de tout le secteur Sud- Ouest du Mont Doyen et creusé la tranchée Victor Emmanuel dans la clairière des Vaches. Dans le Bois de la Mine, il n’existait à son arrivée que les boyaux Nord et Sud, le boyau du Génie et le boyau central. Il a creusé les boyaux a b c d e, élargi le boyau central et le boyau le long du Bois Marteau pour y permettre le passage à deux hommes. Il a repris la lisière jusqu’au point Q’ et trois puits ont été creusés.

Mont Doyen ,4ème brigade

 

 

Extrait du JMO de la 4ème brigade d'infanterie.

Malgré les circonstances dans lesquelles les travaux ont été exécutés, les pertes sont "minimes".

pontavert, nécropole de Pontavert (2)La nécropole de Pontavert, là où sont inhumés la plupart des victimes de cette période.

  Les pertes

6 tués,

le 16 mai : lors de la relève : Desfossez  Emile, Guillou René

Ebinger Pierre fait partie de cette liste mais en réalité il n’a pas été tué ce jour-là mais un peu plus tard dans un poste d'écoute

Le 17 mai : Fer François

Le 18 mai : Broutin Palmyr

Le 26 mai : Carton Georges

41 blessés dont nous avons pu, pour quelques-uns, retrouver leur fiche matricule dans les archives départementales.

Voir les informations sur ces soldats dans la page consacrée aux pertes (en construction) .

Ville au Bois, égliseCarte postale allemande, l'église de Ville-au-Bois

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ville au Bois, bois des ButtesDeux photos tirées de l'historique du IR 100 (régiment allemand), Les bois autour du village et les destructions dans le village!

Ville au Bois, destructions

Sources

Mémoires des Hommes fiches mort pour la France

JMO du 148ème, du 74ème et du 39ème ri, de la 4ème brigade et de la 2ème division d’infanterie

Carnets de J. Degaugue, AD Sarthes, cote 1J461

Photos allemandes tirées de l’historique du IR 100 (régiment allemand)

Carte postale et photo Pontavert : collection personnelle

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