Face au Bois du Luxembourg, dans les tranchées de Villers-Franqueux
Après cette longue période de repos, le régiment passe au 3ème corps d’armée, 2ème division, 8ème brigade et reçoit son ordre de remonter en première ligne. Ce sera un retour dans le secteur du Bois de Luxembourg, un secteur bien connu des hommes pour y avoir combattu le 16 février 1915. Le 11 avril 1915 donc, le régiment fait mouvement en direction d’ Hermonville. Il relèvera des éléments du 39ème ri restés sur place depuis ce fameux combat.
Ordre du mouvement
Bataillon commandant cantonnement vers
3ème B. Roques Rosnay Hermonville
1er B. Bertrand Courcelles id
La cie mitrailleuses accompagne le 1er bataillon
2ème B. Massenet Rosnay id
Le train de combat et la cie Hors Rang id
La musique et le train de ravitaillement Muizon.
Le secteur pris en charge par le 148ème en ce 11 avril 1915. On retrouve sur cette carte du 3ème sous secteur, situation du 25 avril 1915, les différents sites occupés par le régiment. Le chaffour, le moulin, le village de Loivre… des points de repères cités par J. Degaugue dans ses notes. Carte JMo de la division provisoire.
Losange Noir sur pointe: Le village d’Hermonville, cantonnement du régiment, losange bleu sur pointe: le village de Villers-Franqueville, les flèches rouges : montée en première ligne, bleues : retour en seconde ligne, vertes : retour vers le cantonnement (repos) à Hermonville
Joseph Degaugue témoigne:
« Le Luxembourg nous faisait peur à cause de l’attaque. On en avait un mauvais souvenir. ». Toutefois admet le témoin, « le secteur est redevenu calme et les abris sont beaucoup plus solides et confortables qu’à Berry-au-Bac, ici c’est de l’argile et de la craie (…) devant nous, entre les lignes, il y a des morts de l’attaque du 16 février, cela sent mauvais, les corbeaux viennent becqueter, c’est horrible » ajoute-t-il.
Un extrait du JMO parmi d'autres,
'"rien de particulier à signaler"
Du 16 au 30 avril, à part quelques rotations entre les bataillons, le JO du régiment ne signale aucun fait significatif. Néanmoins, chaque nuit, des patrouilles sont lancées en avant des lignes. Elles rapportent, des fusils abandonnés, des sacs et autre matériel trouvés.
Les patrouillles sillonnent le terrain entre les lignes, elles sont néanmoins dangereuses car l’ennemi lance également des groupes de reconnaissance.
A chaque permutation, les unités relevées regagnent Hermonville « la ville n’a pas souffert beaucoup des bombardements, sans doute qu’après le 16 février on l’a épargnée. Elle a toujours son air coquet. ( ?).
"Je vais coucher dans une cave avec tous les sergents, nous y sommes très bien. On peut très bien se ravitailler si près du front, j’achète du beurre, des oranges, du chocolat etc et Barbry Oscar, notre popotier, nous procure des asperges excellentes car c’est le véritable pays des asperges ».
"Son air coquet" ... Hermonville, le 15 mai
Deux photos extraites du JMO du 407ème ri semblent quelque peu tempérer la description du village faite par J.D. Photos d’Hermonville faites en mai 1915. Le colonel et les trois chefs de bataillon du 407ème ri.
Le popotier Barby Oscar
Il sera blessé quelques jours par après
Voir la page consacrée à ceux cités dans le JMO de cette période. (en construction)
Jeudi 22 avril,
Le sergent Degaugue raconte encore : « Je vais en patrouille avec Maillet, Du… ?, Bozec et Gallet. Je reste en avant des fils de fer de 10 heures à minuit 50. On rampe, on se faufile, on s’arrête, on écoute. Je longe l’ancienne tranchée du 16 février, creusée hâtivement par nos soldats en cas d’attaque boche. Des ombres se glissent, sont-ce des Boches ? On arrive près des fils de fer. Revenus au milieu des cadavres. Quelle odeur. On ramène un vieux sac, quand je le prends, l’homme tombe. C’est un sac de septembre 1914. Aucune indication sur le soldat décomposé. Le sac contenait entre autre, du linge percé de plus de 200 balles, du tabac, du savon, de l’amadou. Pour prouver qu’on a exécuté la patrouille, il faut rapporter de tels témoignages. Je rentre transi de froid et je suis disputé car je rentre trop tard. Le temps ne semble pourtant pas long dans un tel cas ».
Bozec Louis
Voir la page consacrée à ceux cités dans le JMO de cette période. (en construction)
L’artillerie ennemie ne reste cependant pas inactive et bombardent épisodiquement le secteur. Le 1er mai, les lignes occupées par le 148ème sont prises pour cible. Deux tués et de nombreux blessés dont un au moins mourra des suites de ses blessures.
Quelques dossiers retrouvés dans les archives départementales
Voir la page consacrée à ceux cités dans le JMO de cette période. (en construction)
Les pertes du 1er mai 1915 suite à un violent bombardement.
Les deux tués
Bisquay Jean Marie Grégoire et Provost Eugène.
Deux fiches "Mort pour la France", Mémoire des Hommes
Quant aux blessés, ceux retrouvés à l’heure actuelle
Blessé le 1er mai, il décède des suites de ses blessures à l’ambulance 4/3 à Châlons-sur-Vesle le jour même.
Sa tombe dans la nécropole de Maison Bleue (Cormiciy)
Wallart Gaston: Blessé très gravement, il sera réformé vu les lourdes séquelles de sa blessure
Villers-Franqueux
« Nous allons dans les tranchées à Villers-Franqueux. Ce pays a beaucoup plus souffert, la moitié du pays est effondrée y compris l’église qui est lamentable ainsi que le château… le café est complètement rasé, sur la place, il y a un 305 enfoncé et non éclaté.
Le château est fort délabré surtout la salle où un piano est abandonné au milieu de plâtras et débris de toutes sortes. Je grimpe en haut du clocher branlant, une cloche est détachée, les livres liturgiques gisent à terre, les saints tiennent par miracle ou sont fracassés. Le christ est lamentablement mutilé ».
Les rotations continuent sans toutefois provoquer des échanges entre les belligérants. Le secteur, à part l’épisode du 1er mai, reste calme. « Nous sommes à 800 m des Boches. Nous ne pouvons guère avancer dans ce secteur. Nous sommes vis-à-vis du village de Loivre, nous voyons l’écluse, la verrerie, les corons etc….Brimont nous domine de toute sa masse, à droite nous avons le chaffour.
Et le JMo du régiment de concrétiser la situation par des « Rien à signaler » quotidiens. Seulement quelques blessés sur cette quinzaine !
Voir la page consacrée à ceux cités dans le JMO de cette période. (en construction)
Mananday Victor et Brouck Julien (mort le lendemain dans l'ambulance)
Balle Julien et le 3 mai 1915, le sergent Carlier Robert
Cousin Léon et le 11 mai 1915 Delhaye Georges
Extrait JMO du 407ème ri
Le régiment est appuyé par le 407ème ri , un régiment nouvellement constitué avec des éléments de plusieurs régiments. Et le sergent J. Degaugue de s'étonner de ces soldats: "ces jeunes sont inconscients. Il y en a même qui se déshabillent et se mettent en caleçon la nuit ... en première ligne! S'ils avaioent vu la cote 108..."
Pendant cette période de calme (tout relatif), le colonel a eu le loisir de citer quelques-uns de ses hommes pour leur belle conduite.
Le commandant Bertrand. Une citation bienvenue pour ce commandant plusieurs fois violemment décrié par le colonel Cadoux lors des combats en Belgique. Absent du régiment depuis le 26 août 1914, il ne réintègre le régiment qu'en janvier 1915. La raison?
Le caporal Bricout qui sera réformé vu la gravité de sa blessure. Il sera décoré de la médaille militaire, croix de guerre avec palme et étoile de bronze
le caporal Nicolas et le sergent Gody
Le lieutenant-colonel Vignier précise également que le capitaine Villard s’est acquis de nouveaux titres par les services rendus et est inscrit au tableau spécial pour le grade de chevalier.
Le 15 mai, le régiment, ayant reçu un nouvel ordre de mouvement, quitte le secteur et se dirige vers Guyancourt pour aller prendre positions dans les tranchées du Bois de la Mine. Un secteur autrement dangereux que celui que ces hommes viennent de quitter.
Sources
Mémoire des hommes, JMo 148ème ri et 407ème ri
Fiches mort pour la France
Carnet J. Degaugue, AD 72, 1j461
Photo personnelle (Cormicy)
Photo du soldat Bozec avec l'autorisation de M. le Garec (famille)
Wikipedia pour les cartes postales













