Sur le chemin de Quennevières
Le 31 mai 1915, après avoir remis, sous le feu de l’ennemi, en état de défense un des secteurs de Ville-au-Bois, le régiment se retire pour prendre une position d’attente. Alors que le 1er bataillon prend ses quartiers à Courcelles et Sapicourt, les 2ème et 9ème bataillons se posent l’un à Branscourt (avec la compagnie mitrailleuses) et l’autre à Ventelay.
1 départ de Ville-au-Bois, 2 Passage obligé par Bouffignereux, 3 Guyancourt, 4 Ventelay, cantonnement du 3ème bataillon, 5 franchissement de la Vesle à Jonchéry, 6 Branscourt, le lieu d’embarquement dans les autobus, cantonnement du 2ème bataillon et Courcelle-Sapicourt pour le 1er bataillon. 8 Fismes, la route vers Attichy, 9 La gare de Muizon pour l’embarquement des trains de combat et de ravitaillement.
« Nous allons nous reposer à Courcelles où nous arrivons vers midi. Nous logeons dans le grenier de grand-mère Cornut. Le temps est très beau, nous sommes très bien » explique J. Degaugue dans ses carnets.
Pendant ces journées, le régiment reconstitue le cadre avec, outre quelques sous-officiers promus au rang de sous-lieutenants, des officiers venus de la réserve ou bien encore de la territoriale. Il faut combler les vides laissés par les derniers combats. Sur le cadre officier du début de la campagne en août 1914, 66 officiers, il n’en reste que 18 aux commandes d’une compagnie voire d’un bataillon.
En rouge, les officiers présents depuis le début de la campagne
étoile bleue, des sous-officiers élevés au grade de sous-lieutenant
un trait noir, officiers de réserve
deux traits noirs, officiers venant de la territoriale.
Un bilan plus complet avec noms et date du décès ou autre est en construction.
Quelques noms cependant
Tués : une cinquantaine si l’on ajoute les officiers venus en renfort et tués dont le commandant Voirin, commandant le 1er bataillon et tué à peine un mois après sa prise de fonctions et lieutenant de la territoriale Valette tué quelques jours aprèsson arrivée.
Blessés: 3 : Le sous-lieutenant de réserve Martin à Onhaye, non rentré au régiment et actuellement en soins, lieutenant Gane de Beaucoudray et sous-lieutenant van Laarhoven
Prisonniers : 2 : les lieutenants de Reviers de Mauny et Munarot pris le 14 septembre à Cernay-en-Dormois.
Disparus : 3 : Capitaine Renon et lieutenant de Jacquelot de Boisrouvray, le 13 septembre 1914 à la ferme de la Chapelle, le lieutenant Zanetti disparu entre le 1er et le 14 septembre. le corps du lieutenant de Jacquelot de Boisrouvray sera retrouvé en 1934.
Ayant muté et toujours en vie : 1 : Commandant Vannières
Du côté de la troupe, il faut entretenir la condition physique et le moral des hommes en ordonnant des exercices : « Nous allons à l’exercice où nous faisons des leçons de jeux très intéressantes » précise J. Degaugue. Des leçons de jeux ? Pendant leur temps libre, les hommes se promènent dans le pays « Nous montons le long de la route pour admirer le panorama et voir la cathédrale de Reims ».
Du 1er au 6 juin, le régiment est vraiment au repos et sauf un mouvement pour le 3ème bataillon qui quitte Ventelay pour aller cantonner à Rosnay, le rédacteur du JMo n’a d’autre choix que d’écrire « Rien de particulier à signaler ».
Le 6 juin, le 148ème ri est réactivé. « Le régiment sera enlevé à 19 heures en autobus tandis que les trains de combat de ravitaillement seront enlevés en chemin de fer. Chargement en gare de Muizon.
Des bus conduisent les hommes à Attichy par Fismes, Mont Notre Dame, Arcy Sainte-Restitue, Beugeneux, Rosoy le Grand, Villers Cotterêts, Toule-Fontaine, Pierrefonds, Berneuil et enfin Attichy. Attichy où le 1er bataillon et l’état-major régimentaire s’installent tandis que le 2ème ira s’établir à Bitry et le 3ème à la Treille, un hameau d’Attiviy.
Flèches blanches et rouges, de gauche à droite, Attichy, La treille (hameau d’Attichy) et Bitry.
Flèches rouges, les deux lieux de combat. Tracy le Mont et Moulin-sous-Touvent
« À 6 heures, une nuée d’autobus viennent nous prendre à raison de 18 par voiture. Nous voyageons toute la nuit. C’est très drôle de voir tous ces projecteurs sillonner l’espace et d’entendre le ronflement des autos qui se suivent à 20 mètres d’intervalles. Dans la nuit, nous avons passé à Branscourt, Jonchéry, Fismes, Ville-en-Tardinois puis nous sommes repassés aux endroits où nous avons été arrêtés une deuxième fois après Coucy-le-Château par l’artillerie boche. Nous arrivons vers 8 heures du matin à Attichy. Nous sommes éreintés et couverts de poussière blanche». écrit Joseph Degaugue.
Au moment du débarquement, les hommes ne peuvent ignore qu’un combat se déroule à proximité de leurs positions.
Les soldats du 1er bataillon logent chez les villageois : « Je suis logé à l’école. De temps en temps, je cause avec l’instituteur et sa femme qui sont très gentils avec nous tous » écrit J. Degaugue dans ses notes.
Malgré la proximité du champ de bataille, le calme est cependant bien réel, au point que le 8 juin, les hommes se baignent dans l’Aisne. La première fois depuis le début de la campagne. « Nous allons à la baignade, nager dans l’Aisne. Le temps est superbe. C’est délicieux de se plonger dans l’eau. Nous sommes près d’un barrage, néanmoins le courant est très rapide et très difficile à remonter ». Pour le JMO c’est près de l’écluse.
Extrait du JMO, photo d'un graffiti laissé par un soldat mitrailleur du 148ème ri dans la ferme de Montplaisir.
Un mitrailleur du 148ème ri, le 9 juin 1915, René de son prénom, (nom illisible) et originaire de Chooz (Givet)
Le 9 juin, les ordres se précisent et pendant la nuit (une nuit opaque précise l’historique), le régiment fait mouvement vers Saint-Crépin (la ferme Sainte-Croix). « En route un gros orage mouilla la troupe jusqu’aux os ». Nouvelle attente, un nouveau répit !
Le 15 juin, la 8ème brigade au complet (148ème ri et 45ème ri) est en ordre de marche. L’ordre de partir va tomber sous peu. Le lieutenant-colonel est parti aux ordres.
Personne au régiment ne le sait encore, Quennevières sera la page la plus sanglante écrite par le régiment durant sa campagne. Au premier décompte, 77 morts, 431 blessés et 177 disparus. Le bilan s’alourdira encore, parmi les blessés et les disparus, on dénombrera encore des morts portant le total à près d’une centaine de vies perdues dont de nombreux disparus.
Sources
La photo du graffiti reçue de Mr. J. Buttet, historien . Merci du partage
Mémoire des Hommes, le JMO du 148ème ri et de la 8ème brigade et Historique du régiment
Illustrations tirées de Histoire illustrée "La Guerre du droit" E. HInzelin Ed. A. Quillet Paris 1916, planches hors texte.
Carte postale ancienne coll. personnelle








