Lancial Alcide, manipulation d'un témoignage
Lancial Alcide
LE HAVRE, 1917
Les « Informations belges » journal édité au Havre publiait un article afin de dénoncer un fait de guerre déformé par la propagande allemande. Le communiqué ennemi s’appuyait sur des soi-disantes révélations d’un prisonnier du 148ème ri. Le journal belge publiait donc un démenti.
L’entête du journal du 17 janvier 1917
Que dit l’article ?
Les Allemands soutiennent « preuve à l’appui » que les troupes françaises, avec l’accord du gouvernement belge, seraient déjà entrées en Belgique dès le 2 août. La Belgique aurait donc abandonné sa neutralité « au profit de l’Entente déjà avant la guerre » !
Les Français sont entrés en Belgique le 2 août 1914!
Cette (fausse) affirmation était fondée sur des déclarations faites en 1917 par Alcide Lancial, un soldat du 148ème ri,
prisonnier depuis le début septembre 1914.
Que dit-il? ou que lui fait-on dire?
« Ayant pénétré dès le 1er août 1914 », en Belgique, il aurait, déclare-t-il, avoir « monté personnellement la garde à Anhée et à Houx, (villages en aval de Dinant)!
Que penser de ce témoignage tardif ?
- Que justement après 3 ans, ce témoin peut se tromper! Alors qu’ils doivent témoigner en 1919 sur le vécu de leur paroisse ou de leur commune, plusieurs prêtres et quelques bourgmestres des villages mosans traversés par le 148ème ri en août 14 se trompent sur le jour de l’arrivée des « pantalons rouges » ainsi que sur les noms des officiers. Hastière, Anhée, Anseremme ne sont que trois exemples.
-Ses geôliers auraient pu lui extorquer ce témoignage ou autrement dit, cet homme diminué par la maladie, il mourra dans un lazaret, se serait laissé impressionner et aurait entériné un témoignage arrangé par les Allemands. Il faut comprendre dans quelles circonstances ce témoignage a été : ou arraché ou récolté. La plupart des prisonniers sont des personnes fragilisées par leurs conditions de vie, l’éloignement de leurs proches, la peur du lendemain…
Quant au démenti publié...
Les auteurs ayant rédigé le démenti auraient dû s’entourer de plus de précautions! Les affirmations allemandes pouvaient être démontées aisément malheureusement, leur argumentation n’est pas exempte d’erreurs. De ce fait, leur réplique perd en crédibilité !
« Aucun élément du 148ème n’a quitté Givet avant le 7 août ». Faux, le 6, en après-midi, le 1er bataillon sous les ordres du commandant Vannière embarquait à la gare de Givet pour Hastière, Anseremme et Dinant. Pourquoi ne pas avoir repris le passage du JMO qui le précise.
Extrait du JMO du 148ème ri pour le 6 août 14.
« il convient -écrit le rédacteur- d’opposer à cette note des indications formelles du journal de marche du 148ème »! Certes, pourquoi le dire et ne pas le faire ?
« Le 7 août, le 1er bataillon envoya deux compagnies à Dinant une à Anseremme et une à Hastière ».
Faux, comme nous l’avons expliqué précédemment, le 6 au soir, les 4 compagnies du 1er bataillon sont déjà en place.
« Le 7 août, des patrouilles de uhlans faisaient sauter la gare de Houx ».
Extrait du JMO du 148ème ri, le 7 août.
Cette fois, l' auteur s’appuie sur une erreur du journal de marche. Destruction de la gare de Houx : Il est vrai que le JMO du 148è reprend cette information, mais le JMO (jusqu’au 13 septembre). que nous consultons aujourd’hui n’est pas l’original. En réalité, il a été perdu (brûlé) lors de la retraite et reconstitué sur base de souvenirs des officiers.
Faux, Houx n’a pas de gare ! La ligne ferroviaire ne passe qu’en périphérie du village. Par contre si l'on tient compte du reste de la phrase " arrivent jusque Beauraing" il pourrait s'agir de HOUR, un village ardennais! N'y aurait-il pas eu une correction Hour Houx, le x étant (???) désiquilibré par rapport au début du mot!)
Houx, le village sur la Meuse, a été épargné jusqu’au 15 août. Et de toutes façons, les patrouilles de uhlans n’ont pas pour mission de détruire des infrastructures, elles ne font qu’observer les positions françaises et recueillir des renseignements, elles rompent le combat immédiatement.
Le premier prisonnier allemand, fait à Dinant (Herbuchenne) le 6 août, est capturé par des cyclistes du 1er chasseurs de forteresse gardant le pont. . Gardé en lieu sûr, il a été remis aux Français lors de leur arrivée.
Pourquoi ne pas avoir repris les communiqués officiels belges? pourquoi ne pas avoir repris, ne fut-ce que les titres de la presse de l'époque?
Même si repliés au Havre, ces journalistes manquent d'archives pour appyer leur article, ils pouvaient interroger les ministres de l'époque sur la situation et leur interventions en août 14!
Le ministre Davignon entre autres
Extrait des notes du colonel Cadoux.
Ce n'est que le 5 août 1914 que le ministre belge fait appel
aux Français et aux Anglais.
Même si les archives manquent, les mémoires des témoins, nos ministres en l'occurence, pouvaient pallier ce manque. Et un journaliste n'a-t-il pas ses propres informations?
La Belgique fut une cible privilégiée pour les propagandistes allemands qui ne manquèrent pas de s'attaquer à ce petit pays. Voulant conscientiser les peuples du bien fondé de son entrée en guerre, l'Allemagne, par l'entremise de son organe de propagande, lança de nombreuses fausses informations dans la presse internationale.
Un exemple: L’Allemagne s’adresse au monde civilisé tout entier et demande compte du sang de ces innocents (ses soldats tués) et de cette manière belge de faire la guerre ».
Et ce témoin, qui est-il ?
Lancial Alcide, fils de Armand et de Joyers Joséphine Rosalie, est né le 23 juillet 1893, à Boulogne sur Mer, dans le département du Pas-de-Calais. Il réside à Saint-Omer, 40 rue de la Poissonnerie. Il est gazier de profession. Sur son physique, on sait qu’il a des cheveux blonds, des yeux gris, un front large, un nez busqué penchant à gauche, le visage est ovale et il mesure 1,61m
Le 28 novembre 1913, il entre au 148ème ri comme soldat de seconde classe. Toujours sous les drapeaux lorsque la guerre éclate, il "monte" en Belgique dès le début des hostilités. Il participe à la défense de la Meuse. Après l'épisode "Belgique", il retraite avec le régiment et participe à la bataille de Coucy-le-Château. Beaucoup de prisonniers lors du repli! Il est de ceux-là et est considéré comme "disparu le 1er septembre 1914 à Coucy-le-Château". Curieusement, un secours de 150 francs a été payé le 7 juillet 1916 au père. alors qu'il est toujours vivant. Pour les autorités françaises, le soldat Lancial Alcide serait considéré comme "disparu mort" .
Disparu certes mais disparu prisonnier! ! Alcide Lancial est interné dans un premier temps à Limburg, Le 23 septembre 17, il ne donne plus signe de vie. Son père, suite à enquête diligentée par la Croix Rouge internationale, apprend, le 15 avril 1918, le décès de son fils survenu le 18 /02/1918, Déclaré mort le 18/02/1918 d’un catarrhe intestinal au lazaret n°10 à Sedan . Sedan? Alors qu'il était à Limburg! Une énigme.
Sa fiche Mort pour la France, mort en captivité.
Mort le 18 février 1916, correction 1918.
Dans les archives de la Croix-Rouge internationale
148ème ri classe 1913
disparu fin septembre 1914
interné à Limburg, sans nouvelle de lui depuis le 23 septembre 1917
demande (d'informations) le 15 mars 1918 de M. Armand Lancial, 40 rue de la PMoissonnerie, St Omer, Pas-de-Calais.
Communiqué à la famille le 15/04/1918
Il y a cependant un doute sur Sedan.
Le monument aux morts de St Omer. 
Une plaque commémorative dans l'église
Les Allemands lancent sans cesse des rumeurs dans la presse internationale afin de discréditer l'adversaire.
la Belgique ne sera pas épargnée par les propagandistes ennemis
Sources
Archives Croix-Rouge internationale,
Archives départemantales du pas-de-Calais, bureau St Omer.
Mémoire des Hommes, fiche Mort pour la France et JMO du 148ème
Notes du Colonel Cadoux
Journaux
L' Ami de l'Ordre (journal namurois)
Journal "Informations belges" sur le site Hetarchief.be
Photos du monument aux mort de la plaque commémorative
http://www.memorialgenweb.org/memorial3/html/fr/photo.php?id_source=10692
Martine MANGEOLLE 26/07/2015
http://www.memorialgenweb.org/memorial3/html/fr/photo.php?id_source=46023








