A tous ceux qui sont restés sur la terre qu'ils défendaient.

Bouvignes 1

Le feu tue disait Pétain.

Ce 15 août sera, pour les soldats du III bataillon du 148ème ri, le baptême du feu. Un premier contact avec la dure réalité de la guerre. Celle où "l'on joue à la vie  à la mort" disait un fantassin belge. Ces jeunes hommes sont « montés au front » dans des conditions défavorables. Les pertes seront sensibles comme disent pudiquement les rapports. Des termes employés par les militaires afin de cacher la matérialité des faits.

Morts pour la France, tués à l'ennemi.

Ils sont 23 recensés pour le combat du 15 août.

Comme le veut l'administration militaire, tous les actes de décès de militaires, (identité et circonstances du décès)  figurent dans un registre spécial tenu par un officier du régiment. Au début de la guerre, le lieutenant de réserve Lux en remplissait la fonction.

L'acte de décès de Henryon Louis , une mort sur le champ de bataille certifiée par deux témoins, deux frères d'armes qui l'ont vu tomber.

Paul Rimbaud et Robert Monta.

Dinant 4

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dinant 5

Hélas lors de la retraite, une partie des archives du régiment se sont égarées. Charles Nicolas Louis Lux, sous-lieutenant au 148ème ri, faisant fonction d'officier de l'Etat-civil signale que le registre a été perdu dans les circonstances ci -après: Lors du repli "du train de combat (départ de Ossoy ,  (Ossoy = Sossoye?)) vers Anthée, la route suivie d'Hermeton à Anthée était tellement encombrée de voitures des différents régiments battant en retraite que le convoi fut coupé en deux et le reste du convoi prit une direction autre que celle suivie par les voitures du régiment".  Une partie des actes de décès ont donc disparu.

Dinant 1Sont-ils tous présents dans cette liste?

Baton Charles

Beth Charles

Bousret Edmond

Briquet Julien

Buffet François,

Cambon Marc, aide-major

Crinon Guillaume,

Fagniart Marceau

Fraison Jules, sergent

Henryon Louis,

Lantenois Lucien

Laurent Albert

Leroux Lucien,

Maison Arthur,

Manesse Aimé, Mary Georges, Noël Maurice, Péluchon Jean-Marie, lieutenant, Pierrard Gaston,, Puyraimond Emile, Saquet Camille

GivetQui sont-ils?

Différentes sources officielles permettent de récolter des informations sur chaque soldat « Mort pour la France » voire « Tué à l’ennemi » ou bien encore « Disparu ».

Une fiche sur Mémoire des Hommes

Une fiche de ses « Etats de service et de santé » sur les archives départementales de sa résidence.

Une citation dans le Journal Officiel, Lois et Décrets

Les archives de la mairie du lieu de résidence ( jugement déclaratif)

Parfois une mention dans le JMO du régiment.

 

Le monument aux morts du 148ème à Givet.

 

 

 

Un dossier parmi les autres, celui de  Baton Charles.

Les autres victimes sont reprises dans le nécrologe du régiment (la centaine de soldats du 148ème ri morts en Belgique). Toutes les informations recueillies sont rassemblées dans une fiche personnelle. (En construction) .

Baton charles 2Fiche "Mort pour la France"

La fiche des états de services et de santé aux archives départementales

Une citation dans le Journal Officiel, Lois et Décrets

 Baton Charles 1

 

 

 

 Baton Charles 3

 

 

baton a Qui est Baton Charles?

Il est né le 1er juin  1892, à La Chelle, départemment de l'Oise,  fils naturel de Jeanne Baton (résidante à Neuville-sur-Escaut). Il exerce la profession de mineur. Outre sa description physique, on apprend qu'il ne sait ni lire, ni écrire, ni compter.

Il est de la classe 1912 et est incorporé le 8 octobre 1913 au 9ème bataillon de chasseurs à pieds. Il est soldat de 2ème classe. Après une brève instruction militaire, il passe au 148ème régiment d'infanterie, le 12 mars 1914. Le 6 août, il entre en Belgique et bivouaque dans les campagnes d'Anseremme. Lors du combat d'Anseremme, il est  considéré comme disparu  et présumé blessé.  Un secours de 150 fr. a été payé à sa mère le 12 août 1919. Un jugement déclaratif fixe la date de son décès au 15 août à Anseremme.

Il est inhumé dans la nécropole militaire de Dinant (Belgique).

Son nom est gravé sur le monument aux morts de Neuville-sur-Escaut.

 

23 morts selon les rapports.

Un nombre qui ne tient pas compte des DISPARUS et des INCONNUS

Dinant 2INCONNU du 148ème ri. Une famille qui ne fera jamais son deuil!

 Mais combien sont-ils réellement? Il y a certainement des morts qui ont échappé au décompte macabre entrepris après le combat. Ils sont considérés comme DISPARUS et il faudra un jugement d’un tribunal pour fixer une date de décès. ! Ils viendront gonfler les bilans des pertes. Tout comme les corps retrouvés mais que l'on  ne peut identifier. Les INCONNUS.  Pour la plupart, ils reposeront dans des ossuaires.

gantlet a et inconnuUn autre soldat inconnu du 148ème ri. Il fut relevé dans la même tombe provisoire que le capitaine Gantlet à Hun. Lors du transfert vers la nécropole de Dinant, il sont restés ensemble. Dans cette tombe provisoire, le long de la route à Hun, il y avait également les corps des soldats Huleux F., Millancourt Ch. du 148ème ri ainsi que le corps de Nesrans H. du 310ème ri.

inconnu

 

 

 

 Une erreur sur la plaque mortuaire. Capitaine au 148ème ri et non au 128ème ri.

Dinant ossuaire 1un des trois ossuaires accueillent les  570 dépouilles des soldats "non identifiés"

Dinant urne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une urne commune aux Français et aux Allemands.

Plusieurs cadavres, tant français qu'allemands sont restés un certain temps sur les glacis de la citadelle.  Par crainte de la contagion, il fut décidé de les incinérer sur place et  leurs cendres furent déposées dans cette urne de pierre.

Combien y a-t-il de soldats du 148ème?

Lesves, route des fermes 1D'autres cimetières ont accueilli provisoirement des soldats français, des tombes sans nom! Le cimetière allemand de Maison Saint-Gérard Lesves, route des Fermes. L'abbé Laurent, curé de la paroisse de Maison Saint-Gérard a fait maçonner les pierres tombales retrouvées par les fermeirs qui travaillent les champs jouxtant cette ancienne nécropole allemande.

Lesves, route des fermes

La façade de l'église.

Après la guerre, les tribunaux ont prononcé  des jugements afin de fixer une date du décès de ces soldats

Onhaye, jugement declaratif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour tous ces soldats dont on ne connaît pas avec certitude la date ni les circonstances du décès,  Un jugement déclaratif pour fixer la date du décès, " prononce comme arrivé à Onhaye le 23 août 1914 à Onhaye". Le décès de Jules Debieuvres.

00 cimetière de Dinant

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Parmi ces premiers morts du 148ème ri , plusieurs étaient des insoumis (et un déserteur) ayant profité des lois d'amnistie pour rejoindre le régiment au mois d'août 1914. Ces "morts pour la France"  auraient-ils été plus exposés que d'autres vu qu'ils  n'avaient pas reçu d'instruction militaire comme leurs frères d'armes? Moins de résistance à la marche d'où plus grande fatigue, moins de connaissance de la discipline du terrain...? Ou bien étaient-ils, comme disent parfois certains fatalistes,    au mauvais endroit au mauvais moment? 

L'histoire d'un insoumis.

 Son nom se trouve gravé sur le monument de Saint-Dizier et de Profondeville (Belgique).

JSon histoire en quelques mots. Joseph-Auguste Grandmontagne, forgeron de profession, et Louise Léonie Lopinot, sans profession sont installés à Saint-Dizier. C’est cependant à Gorcy, un petit village proche de la frontière franco-belge, que naît leur premier enfant, Jean-Baptiste, le 18 février 1892.

De Gorcy à Profondeville,

Jean-Baptiste  est donc né à Gorcy, le 18 février 1892. Déclaré comme ouvrier d’usine à Saint-Dizier, on le retrouve en 1908 à Bar-le-Duc puis à Nancy en 1909 ayant des soucis avec la justice.  Il ne doit pas s'être  présenté au tribunal car dans les deux jugements, il  est condamné par défaut. Serait-il déjà parti pour la Belgique? 1912!  La classe  approche. Convoqué pour le service militaire,  il ne se présente pas l’appel du 1er octobre 1913 et est déclaré insoumis le 4 décembre de la même année. Et de fait, à cette époque, il vit à Profondeville exerçant la profession de journalier.  Le 21 juillet 1914, il y épouse Augustine  Marique, une villageoise âgée de 19 ans, sans profession. La guerre éclate. le jeune marié profitant des lois d'amnistie,  rejoint le 91ème régiment d'infanterie.

 

Un sort funeste l'attend!

Entre le 6 septembre et le 18 septembre, le régiment est au front. Les pertes sont sévères. Jean-Baptiste Grandmontagne y perd la vie toutefois un doute sur la date et le lieu de sa mort persiste.  Son nom figure sur le monument aux morts de Saint-Dizier mais également sur celui de Profondeville (Belgique) son village d’adoption. Là où il laisse une veuve de 19 ans.

Circonstances du combat.

Saint Dizier mam (1)Le monument aux morts de Saint-Dizier

  La 8ème compagnie où sert Jean-Baptiste Grandmontagne, fait partie du 2ème bataillon. Le 8 septembre. Le régiment se trouve à Thiéblemont. La canonnade ennemie commence au point du jour. Le 91ème reste en seconde ligne derrière le 147ème  régiment d’infanterie. Vers 7  heures, l’ennemi prend l’offensive et pour y faire face, le 91è adopte un nouveau dispositif de défense. La canonnade devient alors très vive sur l'artilleriefrançaise et sur les 1er et 3ème bataillons du 91ème.  Ce dernier est pris à partie par de l’artillerie de gros calibre. Le 2ème bataillon qui  est en réserves entre Thiéblemont et Farémont, à cheval sur la route  échappe au pilonnage. L’ennemi qui a de nombreuses mitrailleuses vers Reims-la-Brûlée attaque mollement,  portant son effort sur Favresse et Haussignemont. C’est là que se trouvent les 7ème et 8ème compagnies (8ème c’est celle de Jean-Baptiste Grandmontagne) aux ordres du capitaine David. Les hommes résistent à trois attaques pourtant appuyées par un bombardement intensif. À tel point que le 87ème régiment d’infanterie vient les renforcer avec deux bataillons.

Profondeville mamSur le monument de Profondeville (Belgique)

  À 11heures 30, en prévision d’une attaque sérieuse, le 91ème se réorganise, le 2ème bataillon doit se porter en soutien d’artillerie toujours dans le secteur d’Haussignemont. Le mouvement est exécuté vers 13h30. Le commandant du 2ème bataillon trouvant le terrain fortement occupé par le 87ème, revient à Heiltz, un village voisin. L’ennemi ne fait plus de progrès mais sa canonnade redouble et inflige des pertes au 1er bataillon et à notre artillerie. La situation reste identique jusqu’à la nuit.   Pertes faibles ( ?) pour le 91ème  qui compte 8 tués, 53 blessés et 2 disparus.

Le 9 septembre, rien de changé dans la situation du 8 au soir mais à partir de 13heures tout le secteur est soumis à une canonnade intense. Les 7ème et 8ème compagnies toujours à Haussigemont sont relevées par des éléments de la 3ème D.I. Elles rejoignent le 2ème bataillon qui se dirige vers Orconte. Jean-Baptiste Grandmontagne  est déclaré "tué à l'ennemi" le 10 septembre à Thièblemont mais seulement déclaré le 17 septembre. Il reste donc une zone d’ombre sur la date du décès de ce  concitoyen d’adoption.

 

Sources

JMO du 148ème ri

Archives de l'Evêché, pour Dinant

Archives du CICR, fiche Manesse

Archives départementales des Ardennes et du Nord pour les ESS des soldats cités

Mémoire des Hommes, fiches de Mort pour la France

Archives de la mairie de Fumay pour le jugement déclaratif

Journal officiel, Lois et décrets, citation

photos personnelles

Pour J-B Grandmontagne

 Le JMO du régiment  sur le site Mémoire des Hommes,  Journal de marche, 1er août 1914-31 juillet 1915

Et le blog sur le 91ème régiment d'infanterie http://91ri-291ri-45rit.blogspot.fr/