Le franchissement du fleuve

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 Vue de la plaine d'Anhée depuis les "positions ennemies": à droite le pont ferroviaire et  sur l'autre rive, le village d'Anhée, à gauche, à l'extrémité de l'île et l'écluse

À partir du 21 août,  des troupes saxonnes se positionnent sur le plateau dominant la vallée mosane. Les villages d’Evrehailles, Purnode, Dorinne... regorgent de troupes qui attendent l’ordre d’attaquer. Des troupes qui se répandent dans les campagnes, fourrageant les fermes à la recherche de vivres, incendiant quantité de maisons, molestant les populations et assassinant nombre d’innocents accusés à tort d’être des francs-tireurs voire d’avoir renseigné les troupes françaises. Comme le signale le curé de Dorinne, « dimanche 23, il y eut dès les premières heures du jour, un passage incessant de troupes par tous les chemins et sentiers du village. Toute circulation était devenue impossible ».

approcheL'approche du IR 177.

  Le 22 août dans la journée, quelques éléments  du  IR 177 descendirent  vers le village de Houx et s'y installèrent à l'arrière du château. Le gros de la troupe suivrait le lendemain. Ce sont ces soldats qui seront réveillés par l'explosion nocture, (le troisième essai)  du pont de Houx.

reveillésAprès avoir effectué quelques "explorations soigneuses" afin de situer les défenseurs français: "l'ennemi est présent derrière le remblai du chemin de fer ainsi que  de quelques maisons et des bosquets". l'avant-garde du IR177 s'installe dans le village et sera  réveillée par l'explosion.

0 IR 100L'approche du IR 100 qui soutiendra le IR 177 pour le franchissement du fleuve à Houx

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Dimanche 23 août, le jour où tout bascule !

0 ir100 soleil"C’était un dimanche. Dans les rayons rouges (chauds)  du soleil qui brillaient derrière le clocher de Sovet… ". Le lyrisme de cette phrase interpelle quelque peu !

 

 

0 tentative de destructionExtrait du JMO 310ème ri

Le IR 177 saxons est présent dans ce secteur et c’est à lui, appuyé par des éléments du RIR 100, que revient donc la tâche de prendre le pont ferroviaire de Houx. Une tâche facilitée par le fait que l’ouvrage, malgré trois tentatives de destruction (une quatrième était en préparation) est imparfaitement détruit. Le franchissement du fleuve sera rapide car face aux Saxons, il n’y avait que deux compagnies de réservistes du 310ème ri pour occuper les lignes de défenses. Deux régiments saxons  appuyés par de l’artillerie face à deux compagnies, un rapport de forces nettement à l’avantage de l’assaillant. Un habitant d' Anhée témoigne de l'arrivée du 310ème ri. « Dès les premières heures du jour, un régiment français ( ?) (deux compagnies) de réserve, exténué déjà par une marche forcée, vient relever les soldats de l’armée active qui défendaient le village {110ème ri..} occupe les tranchées encore primitives creusées dans les jardins bordant la Meuse, le long de la ligne du chemin de fer ou encore à la lisière du bois allant du lieu-dit Bout des Campagnes au château de Senenne. D’autres soldats garnissent  les maisons où, à travers les toits et les murs, ils se sont aménagés des meurtrières ». A peine sur place, c’est dans l’urgence le capitaine Raffin prend ses dispositions « Constatant que des pionniers allemands  restauraient déjà le pont au moyen de planches » il fit déployer trois sections en tirailleurs.

carte 110aLes traits rouges: jusqu'au 23 au matin, les positions du 110ème ri. Deux bataillons assurent la défense, les 8 compagnies occupent le terrain. Points rouges:  le 23 août,  la  défense du 310ème ri, seulement deux compagnies pour occuper le même terrain!

  Face au pont de Houx, deux sections vers la Meuse avec le capitaine Bailly et le sous-lieutenant Laurent avec 106 sous-officiers et soldats de la 23ème compagnie.  En lisière du village, (dans les maisons) une section de la 21ème compagnie. Le reste est en réserve près du cimetière communal. Dès le matin, des batteries d’artillerie allemandes pilonnent la rive gauche du fleuve. Un feu violent qui tente de réduire les défenses françaises avant d’envoyer l’infanterie. Après quelques repérages, le feu des batteries allemandes se fait très précis, empêchant toutes répliques des Français. Les villageois témoignent: « le 23 août, qui était un dimanche, le combat commença de bon matin. L’artillerie ennemie dont les batteries étaient dissimulées derrière les montagnes de la rive droite, a ouvert le feu dès neuf heures du matin… le clocher de l’église qui servait de point d’observation à nos soldats… reçut plus de 25 obus ». Un autre précise: « dès lors, les obus de 105 se suivirent à des intervalles plus ou moins réguliers de 30 secondes »

Le capitaine Raffin signale dans son rapport que: « Vers 10 heures, un zeppelin vint repérer la position des défenseurs et vers 11 heures, l’artillerie allemande établie sur la cote 201 ouvrit le feu avec des obus explosifs sur le village ». Il est le seul à avoir remarqué la présence de ce zeppelin. On n’en trouve nulle trace dans les historiques des régiments allemands ni dans  les témoignages des curés, bourgmestres ou autres habitants des villages éventuellement survolés. Ils n’auraient pas manqué de signaler cette présence.

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Les II et III èmes bataillons sont partis de Awagne en direction de Blocqmont. Le I bataillon est en réserve à Lisogne. Traversera-t-il le fleuve sur la passerelle de bateaux à Leffe-Bouvignes? Selon le plan, cela semblerait le cas. Le IIème reste aux abords de Blocqmont pendant que le  IIIème bataillon descend sur Houx. Les 9ème, 10ème et 11ème compagnies se placent dans le village, la 12ème compagnie est en couverture  face à l'écluse. Les trois compagnies, une fois le pont franchi, se répandent dans la plaine d'Anhée.

Le IR 177ème se prépare à l’offensive.  Un plan d’attaque est établi. Les quatre compagnies du 3ème bataillon s’élancent vers Houx, les 9ème, 10ème et 11ème compagnies se chargent de l’assaut, la 12ème restant en couverture sur le Mont de Houx, face à l’écluse. Le 2ème bataillon suivra pendant que les pionniers réparent« avec les poutrelles de fer tordues par l’explosion et des planches de bois » la travée la plus endommagée.

L'artillerie prépare le terrain. Une pluie d'obus s'abat sur Anhée et sur les défenses.

0 bombardement commence" des obus de 105 mm  qui tombent toutes les 30 secondes" précise le témoin.

Pendant  cette préparation d’artillerie, les premiers éléments saxons s’approchent du pont en traversant les ruines du village de Houx. Ils  observent la rive gauche soumise aux feux des canons de 105 mm. Des hurrahs et des applaudissements accompagnent chaque coup au but, «  des coups qui font sortir les défenseurs de leurs tranchées » précise l’historique.

 

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00village ruinePhoto du  village de Houx déjà en reconstruction et les sructures du pont sont rétablies.1 Senenne, 2 Anhée, 3 défenses du 310ème ri, 4 le pont, 5 le village de Houx

Photo de droite, l'état du village après les passages des troupes entre le 15 et le 23 août. Dans le fond l'écluse-barrage.

L’ordre de franchir le pont est donné.

0 passage lieutenantLe lieutenant Tröger, « sous le feu protecteur de l’artillerie »  et deux groupes très rapides de la 10ème compagnie se lancent à l’assaut.

 

Soumis à un tir d’écrasement, les défenseurs du  310ème  ne peuvent réagir, ce dont profitent les assaillants pour prendre pied sur la rive gauche. L’assaut est rapide. Dès la sortie du pont, le lieutenant  fonce avec ses hommes sur la première tranchée, capturant 1 officier et une trentaine d’hommes. Aussitôt, il met en défense le secteur conquis -une tête de pont se forme-  et relance sa progression sur la rive gauche. L’artillerie se tait afin de ne pas blesser ses propres hommes. La 11ème compagnie suit promptement et se dirige vers le village d’Anhée. Cette fois, le feu des défenseurs freine sa progression. Quelques patrouilles sont lancées pour situer le point de résistance français. Une fois l’emplacement repéré, les 10ème et 11ème compagnies se retirent vers le remblai du chemin de fer et l’artillerie entre de nouveau en action. En dernier lieu,   la 9ème compagnie ayant traversé le pont se dirige vers les maisons où se sont barricadés des soldats du 310ème. Capturant encore 25 défenseurs.  "Les deux sections (de la 23 ème cie) envoyées vers la Meuse sous le commandement du capitaine Bailly ne peuvent se retirer. Pertes, 2 officiers, le capitaine Bailly et le sous-lieutenant Laurent. La 21ème cie ne perdit  que 2 sous-officiers, 1 caporal et 16 soldats" lit-on dans le JMO du 310ème ri.

310eme ri prisonnier houx

 

Le capitaine Bailly habitait 37 boulevard de la Gare à Beauvais, départemnt de l'Oise.

Le sous-lieutenant Laurent était  parisien, il habitait 99 Faubourg Saint-Martin.

 La Meuse est franchie et la tête de pont consolidée par l’arrivée du 2ème bataillon. La poussée reprend, les trois compagnies, chacune dans une direction,  s’enfoncent dans la plaine. Les avant-gardes s’infiltrent dans les lignes françaises. La défense craque, le 310ème se replie. Dans la retraite, beaucoup de soldats sont encore prisonniers, certains tués…

Le repli du 310ème ri par Haut-le-Wastia et Sommière en direction de Onhaye, là où se trouvait le gros du régiment.

Anhée, 310ème ri

 

 

0 la défense craque

 

 

 

 

 

 

 

Un villageois témoigne: les soldats " demandent le chemin de la retraite". (Vers Warnant et Bioul).

Le combat cesse, « la plaine est calme », les prisonniers sont rassemblés près du remblai du chemin de fer. Le RIR 100, le régiment d’appui, dans l’ordre de passage, (les IIè, IIIè et enfin Ier bataillons (avec les sections mitrailleuses))  passe à son tour.

Les grenadiers du IR 100 s'étonnent...

0 allure du 310Ce sera le premier régiment présent sur la rive gauche dans son entièreté. Au passage, ces grenadiers assistent au regroupement des prisonniers français qu’ils trouvent « des personnes âgées qui avec leur uniforme d’apparat, pantalon rouge, veste bleue et képi ne donnaient qu’une faible impression guerrière ».

 

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0 IR 177 aDe jeunes soldats face à des réservistes.( voir sources)

Le bilan est  dressé, selon l’historique allemand, 109 tués parmi les Français. Le curé du village ne dénombre que 39 corps relevés dans les campagnes et dans le bourg. S’ajouteraient  à cela une centaine de prisonniers et 400 blessés…

+/- 600 hommes hors de combat ! Autant de pertes pour deux compagnies ? Exagérations de vainqueurs !

 

 

 Le pont est totalement sécurisé, les troupes françaises se sont retirées, d’autres régiments saxons passent le fleuve. Curieusement, le lendemain, les villageois assistent au passage d’un groupe (fort de 400 de soldats) du IR 177 qui passe la Meuse mais en barques ! Vu l’encombrement du pont, serait-il plus expéditif de passer par ce moyen?

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Deux témoignages de riverains

Un groupe du IR 177 passe la Meuse sur des barques de fer.

La 12ème compagnie quant à elle, s’est portée en direction de Dinant afin de franchir le fleuve  avec le convoi de bagages et les cuisines ambulantes, sur le pont construit par les pionniers de la 32ème division d'ifanterie à Leffe-Bouvignes. Elle rejoindra le régiment dans les environs de  Haut-le Wastia avec un peu de retard.

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 Les morts du 310ème ri.

 

Tués: 39 soldats du 310.

Identifiés, 6. Dedonker, Wils, Deswarte, Sansen, Néviaux et Barroo

Inconnus, 33.

"inhumés ça et là où ils sont tombés". Comme le même jour le régiment combattait sur deux fronts, les 21ème et 23ème compagnies sur Anhée (Meuse) et le reste du régiment à Onhaye, les pertes ont été comptabilisées sur Onhaye. Que  6 soldats reconnus pour être morts pour la France à  Anhée. Il en reste 33 autres...

Des  corps de soldats furent relevés en différents endroits de la commune. Le prêtre note le nombre des corps, malheureusement ne donne pas les lieux de ces macabres découvertes.

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39 corps retrouvés et les six corps reconnus seront inhumés provisoirement sur la placette devant l'église.

Quatre du 310ème ri

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Alors qu'ils se rendaient...

barroo onhaye anhée La fiche "Mort pour la France" de Barroo Tobie, 2ème classe, classe de 1905. IL avait 29 ans et était originaire de Dukerque. Mort pour la France le 23 août 1914 à Onhaye.

Genre de mort: "disparu le 23 août 1914 à Onhaye". En réalité... tué à Anhée

 Combien de prisonniers, combien de blessés parmi le 310ème?

 

Dans le camp allemand, 3  morts sur le territoire de la commune dont Lennig Paul, de la garde des Uhlans

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L’Entre-Sambre-et-Meuse  et la route vers la France s’ouvrent aux Allemands. Ils vont s’y engouffrer afin de faire la jonction avec la IIème armée qui  vient de franchir la Sambre. Leur objectif est d’encercler la Vème armée en retraite. Ces serait l'anéantissement complet de la Vème armée française. Il n'en sera heureusement rien.

Quelques documents:

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L'ordre de destruction des ponts.

L'ordre est apporté par le cycliste Hazebroucq venu de Dinant.

 

trois explosionsLe 22 août, , le lieutenant de La Garanderie, à la tête des sections dépêchées sur les deux ponts,  exécute l'ordre. Les charges explosent et endommagent  les structures, toutefois pas suffisamment pour  les rendre inutilisables. Immédiatement, de nouvelles charges sont placées. Nouvelle tentative de rupture. Nouvel échec. Pour la troisième fois, les hommes du génie rechargent le pont.  L'explosion a lieu durant la nuit, réveillant même l'avant-garde saxonne installée derrière le château. Les travées résistent encore ! Une quatrième tentative est amorcée mais les premiers éléments du IR 177 approchant dangereusement, les hommes du génie se replient. Le pont n'est pas complètement détruit malgré toutes ces tentatives!

 

00structure pont bisUne partie du  pont " à peine" endommagée par les explosions, puis reconstruit.

 

 

 

 

 

 

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Une des structures abandonnées dans le fleuve.

 

 

 

 

 

 

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Le plan des ingénieurs allemands

La plaine d'Anhée vue depuis le château de Senenne, 1- départ de l'attaque depuis Blocqmont, 2- la 12ème cie se positionne devant l'écluse,  3-le pont ferroviaire,  4- le village de Houx, 5- l'écluse, 6 - à gauche le village d'Anhée, 7- l'avance des trois compagnies du IR 177. en rouge, le tracé de l'approche du IR 177.

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Le château de Senenne avant 1914. Le bombardement d'août 14 a endommagé tout le deuxième étage. Sa reconstruction a été entreprise en 1916 mais le deuxième étage ne fut pas remonté. Les propriétaires recevront des dommages de guerre en 1922.

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0 vue depuis le château 1a

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Vue de la plaine depuis le portail du château, en arrière-plan, le villagede Houx et les ruines de Poilvache

0 petain à senenneUn des dragons adjoint au colonel afin de faire la liaison entre les régiments

Le colonel Pétain, alors commandant de la 4ème brigade, a logé 6 jours à Senenne vers le 18 août 1914 et avait élu domicile dans la chambre de ..(un des fils de la famille présent sur l'Yser).

 Une liste partielle des morts du 310ème ri à Anhée

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Sources

J. Schmitz et N Nieuland, Documents pour servir à l’histoire de l’invasion allemande dans les provinces de Namur et de Luxembourg,

 

La conquête de la Meuse

L'Entre-Sambre-et-Meuse

documents de famille pour le château de Senenne

Archives CICR, fiches prisonniers

Mémoires des Hommes, fiches " Mort pour la France"

Archives de l'Evêché, les paroisses concernées

JMO du 310ème

Historiques des IR 177, RIR 100 , ainsi que "Kriegsgliederung der 3 armee nach dem stande vom 23 august 1914".

Photos du pont de Houx " übersicht der beim deutschen vormarsch an den belgischen und französischen einsenbahnen ..." coll de M. Vels

Verlusteliste, pertes du régiment allemand des uhlans de la garde

Photo du soldat allemand IR 177,  documentation A.Malinowski

Le panorama de la plaine d'Anhée =    photo personnelle