Le 21 août 1914

mangin Le colonel Cadoux, ses trois chefs de bataillon ainsi qu’un officier par compagnie assistent à la réunion initiée par le général  Mangin qui, de Bioul, siège de son P.C. , est venu  au château d’Annevoie afin de donner ses directives. Rien de changer aux emplacements. Chaque compagnie s’attèlera à ses tâches coutumières.

annvoie2Le général Mangin, le château d'Annevoie (façade arrière) siège du PC régimentaire du 148ème et lieu de la réunion.

On entend les bombardements sur Namur, la position est attaquée par la grosse artillerie allemande. Du  grondement de « gros calibres ».

Craignant une éventuelle attaque du côté de Lustin, la 12ème compagnie, capitaine Boitel, fait une reconnaissance d’un itinéraire de repli vers Bioul, en passant par Arbre, durée 52 min ! Un quotidien habituel cadencé par les besognes de défense  sauf qu’en dernière heure de la journée, un ordre émanant de Mangin vient perturber  les  décisions retenues  ce jour même à la réunion matinale .. « Je (Cadoux) suis prévenu que mon 3ème bataillon me sera enlevé pour aller a Namur ». De nouveau, le colonel Cadoux voit son régiment déséquilibré par les décisions du Q.G. « Exécution  immédiate »,  enjoint le général!

00000Extrait du JMO du régiment

 Une tergiversation de plus… Ce n’est pas la première  depuis le début des hostilités et cela l’inquiète.

Le 16 août, « Le jour même où ma brigade disloquée depuis le 31 juillet doit être reformée (45ème et 148ème) ainsi que l’ordre m’en était parvenu, à 4h 20, je ne vois arriver ni le 45ème ni le général Mangin, commandant de la brigade. Par contre me voilà, à partir de 16 h 45, placé sous les ordres du colonel Pétain commandant la 4ème brigade » !

Le 17 août il se rassure mais... « Mon rattachement, le 16, à la 4ème brigade, aura été de courte durée car je n’en entendrai plus parler à partir du 17 et le 45ème ri qui normalement fait brigade avec mon régiment vient, enfin, s’intercaler à ma droite. La 8ème  brigade va-t-elle donc reprendre son autonomie et ses deux régiments séparés depuis le début des hostilités vont-ils s’accoler dans un même secteur en reprenant  leurs liens tactiques sous la haute direction du général Mangin » ?  « Il n’en sera rien » conclut-il plus tard… ! Et d’ajouter : « décidemment la 8ème brigade ne formera jamais un tout entre les mains de son chef et les régiments de cette brigade verront leurs liens tactiques constamment brisés ». Pourquoi avoir retiré le 3ème bataillon « des mains » de Cadoux ? « En attendant cet amalgame regrettable de deux bataillons du 45ème avec un bataillon du 148ème ri  et de deux bataillons du 148ème avec un bataillon du 45ème ri pour opérer sur deux théâtres d’opérations  différents et éloignés l’un de l’autre … » déstabilise son organisation défensive.

Et de s’interroger sur la raison de cette décision. Pourquoi ne pas avoir envoyé le 45ème ri dans son entièreté sur Namur et de laisser le 148ème sur la Meuse ? « L’amalgame regrettable, qui va être fait, résulte de ce que pour aller au plus vite, les 3 bataillons demandés d’urgence par l’armée sont pris séance tenante dans les réserves de deux secteurs voisins. Si cette décision avait été prise la veille, c’est tout le 45ème qui allait à Namur sous le commandement de son chef et dans ces conditions les trois bataillons du 148ème restaient dans le secteur Yvoir-Lustin-Bioul sous mon commandement ». Pour les chefs de bataillons, ces incessants mouvements sont sources d’inquiétude et ces officiers sont quelque peu désorientés face à ces nouvelles structures. Le commandant Vannière du 1er bataillon a vécu cette situation de même que Bertrand et son 3ème bataillon   qui combat à Namur sous les ordres du colonel Grumbach.

 

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Un exemple de rotation qui "brise les liens tactiques d'un régiment"

23 heures, Bertrand reçoit son ordre d’exécution et part sur Bioul précédant sa troupe afin de recevoir les ordres de Mangin. Sa nuit sera courte, comma celle de ses hommes, car à peine arrivés à Buoil, le régiment constitué se met immédiatement en route.

Et la défense de la Meuse?

Bien que Mangin prône la stabilité des emplacements, « Laissez intacte votre défense  immédiate de la Meuse,  (mais) ramenez deux compagnies sur Annevoie »  pour palier l’absence du 3ème bataillon, Cadoux revoit certains  positionnements

Au commandant  du 2ème bataillon à Burnot :« Détachez votre 8ème compagnie vers Profondeville jusque Tailfer » afin de prendre contact avec un poste du génie belge sur l’autre rive.

Au commandant de la 7ème cie, le capitaine Mathieu, en poste à Annevoie : « Comme le 3ème  bataillon  échappe à mon commandement,  organisez de suite une garde sérieuse aux issues et envoyez une ½ section pour relever à l’entrée d’ Annevoie, le poste du 3ème bataillon ». Suite à une communication téléphonique avec le commandant Vannière, la 4ème compagnie du capitaine Gautlet  à Hun revient sur Annevoie.

annevoieLa rue principale d'Annevoie (venant de Bioul), quelques maisons près du château

 Dans la foulée, Cadoux prévient ses deux commandants  de bataillon  du départ de leur collègue Bertrand précisant au chef du 2ème  bataillon  Graussaud, qu’il n’a plus à compter sur le 3ème bataillon  en cas d’attaque immédiate. En revanche, il l’assure de l’existence d’un éventuel renfort avec la 4ème compagnie.

La situation du 22 août sur le front tenu par le 148è ri

google map 2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les noms des villages (rouge) et les compagnies (en blanc)

En mauve,

ligne = le tracé de l'itinéraire de repli reconnu par la 12ème cie. Meuse-Bioul en passant par Arbre, 52 minutes.

rectangle  au Nord de Profondeville = la position momentanée de la 8ème cie en liaison avec le génie belge.

Point rouge  le PC de Cadoux au château d'Annevoie

Point blanc PC du général Mangin au château de Bioul

Traits jaunes, simple =  les ponts

Traits doubles = les écluses

Point mauve la position de la batterie d'artillerie à Hun, dans le bois de Salzinnes, au-dessus de la Roche aux corneilles.

Lignes blanches, les deux secteurs défendus par le 1er (commandant Vannière) et 2ème (commandant Graussaud)  bataillons

La séparation est en face des îles de Godinne.

 Le 22 août

Durant la nuit, Graussaud signale qu’un  projecteur allemand balaie les hauteurs de ses positions.

mitrailleurConscient de la faiblesse de ses moyens, le commandant  Vannière demande une section de mitrailleuses supplémentaire (venant du 45ème  ri), la demande est refusée par Mangin qui solutionne le problème en déplaçant les deux seules sections du 148ème . La section du pont de Lustin  et viendra au pont de Rouillon, celle de Rouillon ira sur Yvoir. Une rotation qui déforce la défense du pont de Lustin !

Un mitrailleur

Devant tenir le secteur depuis Lustin jusqu’Yvoir (le pont d’Yvoir n’est plus gardé par le 45ème ri reparti sur Bioul)  avec deux seuls bataillons, Cadoux  effectuent quelques  ajustements : les ponts et passages – les barrages écluses- seront tenus par :

 

Pont d’Yvoir

les 3ème , capitaine Villard et 4 compagnies,  capitaine Gautlet

L’écluse de  Hun

La 5ème, capitaine Renon

Depuis le 18, la 5ème cie est à Hun et l’accueil y a été « fort bon » note Joseph Degaugue, « on fait des tranchées, on fait toujours des tranchées et des jeunes filles me font à manger ». « Le service de garde est fatigant, d’ailleurs d’habitude on se lève à 2 heures du matin, je passe toute la nuit, du  75 ( ??) tire sur nos chasseurs à cheval »! Néanmoins, il est heureux car il a reçu la visite de son père « au risque de sa vie. Le reverrai-je ? Je lui ai donné une mèche de cheveux. Je dîne avec lui. La séparation est touchante. Je pense à ma mère ».

Le pont d'Annevoie-Rouillon (Godinne) 

Les 2ème , capitaine Dagalier, 7ème , capitaine Mathieu, et 8ème, capitaine Tréca,  compagnies 

Le pont de Lustin

Les 1ère ,capitaine Delahaye, et 6ème , capitaine Didier, compagnies

officiers le 22Quelques officiers dont les noms sont cités se retrouvent sur cette photo prise en 1912.

rem: les officiers qui ne sont pas sur la photos sont arrivés au régiment après 1912. Certains officiers en 1912 avaient un grade inférieur à celui de 1914. principalement parmi les sous-lieutenants, lieutenants voire capitaines.

1 Capitaine Delahaye, 2 capitaine Gantlet,  3 capitaine Renon, 4 Lieutenant Arthaud, 5 lieutenant de l'Isles

 

Le P.C.  du colonel reste au château d’Annevoie. Les munitions sont distribuées et les voitures munitions, bagages et nourriture seront, après distribution, parquées derrière les secondes lignes et dirigées vers Bioul.

7h45,  déjà une première patrouille ennemie se présente devant Hun, le feu des défenseurs abat un cavalier

9 heures, le commandant Graussaud précise qu’il  surveille la Meuse depuis le sud de Profondeville jusqu’aux îlots de Godinne.

Le lieutenant Létrange, (1ère compagnie)  exécute de nouveau une reconnaissance sur la rive droite ; « rien découvert » ! « Les Allemands poussent quelques reconnaissances vers la Meuse à Lustin, Hun et Yvoir, sans toutefois que l’on eut l’impression que de grandes forces  étaient massées sur la rive droite du fleuve » ! Une ignorance qui allait coûter cher !

11 h Alors que la menace se précise. la batterie d’artillerie appuyant le secteur  (qui était en position au château  dans le bois de Salzinnes au-dessus de la Roche aux corneilles), à Hun, se retire vers Bioul

En remplacement du 45ème, arrivent deux compagnies du 310ème ri. Deux compagnies de réservistes pour remplacer un bataillon d’active.  Curieux ! Les forces ne sont pas les mêmes.

15h35, Ordre du quartier général de la Vème armée, de faire sauter les ponts Lustin de Godinne et d’Yvoir (Houx ne dépend pas du 148ème ri) Cadoux transmet l’ordre à ses hommes.

16h 15,  «...  je m’inquiète, écrit le colonel,  de ne pas entendre les explosions des ponts », Il téléphone au commandant des compagnies sur site

Rouillon a sauté  à 16h20,  les deux tiers de la portée totale le 1/3 restant du côté de Godinne.

Le pont de Godinne (= Annevoie-Rouillon)

godinne2

 

 

 

 

 

 

 

Yvoir détruit à 16h45, imparfaitement réussie  le génie recommence le minage de l’ouvrage. Une seconde explosion achèvera le travail.

Le pont d'Yvoir

yvoir 01

 

 

 

 

 

 

 

17h 50, le pont de Lustin a sauté incomplètement, une seule pile a été détruite. Le capitaine Delahaye, responsable de cette destruction, commande en urgence 50 kg de tonite à Namur « afin de parachever la destruction du pont »

Le pont de Lustin

lustin 1

 

 

lustin 1a

  En fin d’après-midi, les trois ponts sont détruits.

Arrivé à Namur en matinée du 22 , le bataillon du commandant Bertrand a déjà engagé le combat sur Beauloye, une position enlevée par l’infanterie allemande malgré une résistance acharnée des troupes belges. (Page développée prochainement)

L'amalgame entre les 45ème et 148ème ri.

répartition 45 148 aa

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le 148ème opère donc sur trois fronts, Namur, Onhaye et la Meuse,

trois théâtres d'opération fort éloignés les uns des autres

Le 23 août, encore des changements!

Le 23, à 1h 30 du matin, Cadoux reçoit l'ordre de se rendre avec son 2ème bataillon (commandant Graussaud)  sur Bioul, il y retrouvera le 1er bataillon du 45ème (commandant Bourdieu) ainsi qu'un groupe d'artillerie de campagne. Il est 4h du matin lorsque la jonction se fait entre ces différentes unités. Le temps de constituer la colonne et c'est le départ à 6 heures par Denée où les troupes se déploient  face à Saint-Gérard. (La Sambre a été franchie par la 2ème armée allemande).

12 heures,  La formation se remet en route en direction de Anthée où elle arrive à 17h30.

en route vers onhaye

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une marche commencée en pleine nuit... les hommes doivent être fatigués!

Que raconte Joseph Degaugue à ce sujet...

"départ à 2 heures du matin. Bioul. aéroplane belge capote*, on se déploie en tirailleurs  pour remplace hussards (?) La population fuit. Artillerie se place en arrière. On croise le 1er corps d'armée . On marche. on voit beaucoup d'automobiles. Après avoir fait 40 kilomètres on arrive à Anthée. On pense se reposer tant on est fatigué. On continue, on se forme en lignes de sections..."

L'estimation de 40 km est un peu forcée.

* Le 23 août, le terrain d'atterrissage situé à Saint-Gérard abrite une esdrille de la position de Namur. "Par suite de la progression de l'ennemi ," (les Allemands ont franchi la Sambre et se répandent dans cette région de  l'Entre-Sambre-et-Meuse)   l'escadrille est envoyée à Philippeville. Lors du décollage, l'avion capota blessant légèrement le pilote et son observateur. Joseph Degaugue a donc été témoin de ce crash.

Le combat d'Onhaye va commencer.

Et sur la Meuse...

Vannière, et son bataillon, doit assurer la garde de la Meuse depuis Yvoir (le pont est détruit) et Rouillon-Annevoie (le pont est détruit). Lustin est abandonné! 

quitter riviere

L' abbé Daiche, le curé de la paroisse de Rivière témoigne sur le départ des compagnies du 148ème ri.

On relève toutefois quelques informations erronées dans son témoignage, "beaucoup d'entre eux avaient été massacré dont le colonel à warnant et à Bioul", "les sous-officiers qui sortaient de Saint-Cyr"....

 Les dernières positions en matinée

Yvoir, le pont (sauté), la 4ème compagnie du capitaine Gautlet

Hun, l'écluse-barrage, la 3ème compagnie du capitaine Villard

le secteur Hun-Annevoie, la compagnie du capitaine Delahaye.

Le secteur de Rouillon-Rivière, la 1ère compagnie du capitaine Dagalier.

Mais à 13 heures, le commandant Vannière reçoit l'ordre d'abandonner le front lui imparti et de se diriger vers Bioul-Denée-Ermeton-sur-Biert. Il rejoindra la brigade de Pétain et suivra le même itinéraire de repli.

Le front de Meuse n'est plus défendu... sauf quelques éléments du 148ème ri qui, accrochées par l'avant-garde ennemie,  décrochent tardivement, entre Rivière et Yvoir,  et deux compagnies du 310ème ri, un régiment de réservistes, entre le pont ferroviaire de Houx et Anhée.

En face, en première ligne,  5 régiments, dont le IR 177,  appuyés par de l'artillerie

sur le plateau condruzien,  en attente, d'autres troupes dont le fameux bataillon de "jagers".

Le franchissement est inévitable!

des off à bioulA Bioul, des officiers français près du château.

Les détails de la photo ne permlettent pas de les reconnaître: 8ème ri, 45ème ri, 148ème ri, artillerie?

Sources

Jmo du 148ème ri

notes du colonel Cadoux,

archives de l'Evéché pour les paroisses citées

Schmitz et Nieuland, op cit

Google map

cartes postales anciennes