Sur le terrain, l'entrée en Belgique, le 6 août, du 1er bataillon

Le 148ème RI faisait partie avec le 45ème RI de la 8ème brigade commandée par le général Mangin. Alors que le 45ème RI restait en place et marchait en soutien d’infanterie à la disposition du corps de cavalerie du général Sordet, le 148ème RI était détaché de cette brigade pour intégrer la Vème armée afin d’ assurer la couverture de la Basse-Meuse française. Ce n’est que le 16 du mois d’août (au lendemain de l’affaire de Dinant) que la 8ème brigade du général Mangin sera reconstituée. Les 45ème RI et 148ème RI réunis à nouveau (dans le 1er corps d’armée, Vème armée) combattront dans l’Entre Sambre-et-Meuse. (Combats de Namur et d’Onhaye)

000 148ème RI, 8ème brigade"La brigade Mangin (45 et 148) faisait partie organiquement de la 2ème armée. Le 148 garde tout de suite les ponts sur la Meuse. Le 45è attaché à la cavalerie Sordet la suit en Belgique, revient avec elle, le 15 sur Hastière... le 45ème qui passe sous les ordre de la Vème armée, redescend la Meuse alors gardé par le 1er corps"....

extrait du JMO de la 8ème brigade

« L’ouverture du pli rouge m’indiqua la mission spéciale qui était dévolue au 148ème RI. »

"Le régiment tenait par des effectifs variant d’une section à une compagnie, les ponts et passages de moindres importance sur la Basse-Meuse française depuis Fumay jusqu’au Bac du Prince (en aval de la frontière belge) ».

   Le secteur de la Basse-Meuse mis en défense par le 148ème RI

000 148ème Ri secteur basse-Meuse

De la frontière belge, Bac du Prince,  à Fumay inclus

Troisième bataillon (commandant Bertrand)

Fumay, un peloton de la 12ème cie avec le capitaine (…) Haybes, un peloton de la 12ème cie, Montigny, une section de la 10ème cie, Vireux, l’Etat-major du bataillon et la section de mitrailleuses du 3ème bataillon avec un peloton et demi de la 10ème cie et le capitaine de cette cie, Givet, la 11ème cie en réserve à la caserne Rougé

Deuxième bataillon (Commandant Graussaud)

5ème et 6ème compagnies en tête de pont aux débouchés du Petit Givet (Givet Notre-Dame). Le reste du bataillon et sa section de mitrailleuses en réserve  à la caserne Rougé. Le soldat Degaugue faisant partie de la 5ème cie se trouve donc au pont de la ville. « Le 5 août 1914. Le capitaine Renon nous a rassemblé dans le port de Givet, où nous couchons » écrit-il dans son premier carnet.

Premier bataillon (commandant Vannière)

La 4ème compagnie à la garde immédiate du pont. De petits éléments de cette compagnie sont soustraits afin de surveiller le barrage en aval ainsi que le Bac du Prince. Le reste du bataillon et la section mitrailleuses en réserves à la caserne Charbonnier.

Un secteur trop étendu, estime le colonel Cadoux! "24 kilomètres de front à tenir ! Et un grand nombre de passages à interdire à proximité de la frontière belge est préjudiciable à la mise en place d’un système de défense solide" déclare-t-il..

 Isolé de toutes  les troupes massées en retrait de la frontière belge, le 148ème est, comme l’écrit Cadoux, « livré à ses seules ressources, en hommes et en matériel, ne devant compter sur aucun secours puisqu’aucune force française de campagne n’était disposée …, derrière lui ». C’est selon la terminologie militaire, un régiment « complètement en l’air », « une troupe de couverture non étayée qui devait tenir jusqu’à l’extrême limite de ses moyens et de ses forces » !

Un régiment isolé!

 La postion du 148ème (en haut à droite de la carte) et de ses éventuels appuis...

000 148ème ri carte (1)

 Situation des 1ère et 2ème divisions cantonnées entre Hirson et Rocroi.

Isolé à Givet, le 148ème ne peut compter sur une assistance rapide des régiments de la 2ème division.

carte du JMO du 1er corps d'armée

000 148ème Ri, couverture (2)De ces considérations quelque peu pessimistes, voire défaitistes, Cadoux prône une défense rapprochée qui s’opposera, avec ses propres moyens c’est-à-dire  des obstacles et la capacité de feu de ses fusils et mitrailleuses, à toutes les tentatives ennemies pour franchir le secteur du fleuve dont il doit assurer la défense.

 

000 148ème Ri, couverture (1)Il envisage également de garder des forces en réserves afin de les porter aux endroits les plus menacés. Une marche de manœuvres relativement limitée.  Il se débrouillera avec « les moyens du bord »!

 

Cadoux établit son QG à l’hôtel des postes et télégraphes à Givet,                                  à gauche, le pont sur la Meuse

000 148ème Ri, hôtel des postes et télégraphes

 Conjointement à cette installation, il prenait des mesures d’ordre général:

l'ami de l'odre aoît 1914 février espionLes espions!

 « Surveiller étroitement et arrêter sans hésitation tous les étrangers et indésirables au moindre méfait. Les uns et les autres pullulaient dans la région.

Interdire l’usage des lampes électriques portatives dont l’emploi est des plus commodes la nuit pour transmettre des signaux.

Surveiller l’éclairage des fenêtres pouvant également, par des interruptions de lumière, servir à la transmission de signaux. Réquisitionner tous les fils de fer barbelés de préférence et les employer à obstruer les voies de communications, les barrages et les écluses ainsi que certaines rues. Disposer des vigies sur les hauteurs et mettre à leur portée des bottes de paille faciles à incendier à la moindre alerte.

000 148ème Ri, pontonLes moyens de passage du fleuve sont nombreux, depuis le ponton utilitaire, du  passeur d'eau  à la barque de loisirs

000 148ème Ri, pontons barques

 

 

 

Réunir toutes les barques, pontons et autres moyens de passages de cours d’eau sur la rive gauche de la Meuse et les grouper près de la défense rapprochée des ponts. Garder les réservoirs à eau et les usines de gaz et les tunnels notamment ceux de Fumay et de Charlemeont. Ramener le bétail sur la rive gauche et le parquer sur les plateaux ou les versants à contre pente. Creuser des tranchées étroites et profondes, au raz du sol à tous les débouchés des villages occupés, élever des barricades à l’entrée et la sortie des ponts et les couvrir de défenses accessoires. Organiser des centres de  résistance aux débouchés des ponts sur la rive gauche. Les entourer de fils de fer, décaper le sol pour figurer de fausses tranchées. »

Les événements se précipitent.

Le 4 août, les troupes allemandes franchissent la frontière belge violant de la sorte la neutralité du pays.

Le 5 août, le ministre belge, Mr. Davignon demande l’aide de ses alliés et plus particulièrement à la France. "L'appel de la Belgique est aussitôt entendu" écrit Cadoux. Et d'ajouter dans ses notes: "comme mon régiment est à pied d'oeuvre, dès le 6 août, je reçois du général Lanrezac, commandant la Vème armée, l'ordre d'envoyer immédiatement un bataillon à Dinant".

000 148ème Ri, jmo L’embarquement des hommes a lieu à la gare de Givet à 15 heures 45, arrivée  à Dinant à 17 heures, le train de combat se rend sur site par « voie de terre ». Le front à défendre s’élargit encore de 13 kilomètres.

Tout au long du trajet, le convoi s’arrête dans les villages traversés débarquant des hommes de troupes. La défense s'organise le long de la Meuse belge... du moins jusque Dinant.

Journée du 6 août 1914, le 1er bataillon reçoit l'ordre de garder la Meuse de Givet à Dinant.

L'EM du bataillon entre dans Dinant.

 

Le bureau de presse du GQG allemand a communiqué à la presse allemande... Les Français seraient entrés en Belgique dès le 2 a oût 1914!

Le 17 janvier 1917, « Informations belges »  journal édité au Havre publiait un article afin de dénoncer  un fait de guerre déformé par la propagande allemande. Le communiqué ennemi s’appuyait sur des soi-disantes révélations d’un prisonnier du 148ème ri. Le journal belge  publiait donc un démenti. Malheureusement, cette dénégation n’était pas exempte  d’erreurs.

148ème ri, propagande allemande

 

 

Pour plus de détails voir la page consacrée à Lancial Alcide, ce soldat victime des propagandistes allemands.

 

Quelques photos allemandes sur les bords de Meuse française défendus, jusqu'au 8 août 1914 par le IIIème bataillon du 148ème ri. du commandant Bertrand

revinLe pont de Revin, le pont détruit par les défenseurs alors que les troupes allemandes descnedaient dans la vallée.

 

 

 

 

 

haybes

Le pont de Haybes, l'arche de droite avait sauté.

 

 

 

 

 

 

 

entre haybes et fumay

Entre Haybes et Fumay, à gauche le village de Haybes, dans le fond, à droite de la cheminée, la ville de Fumay prise par le IR 181.

 

 

givet la caserne

La caserne Rougé détruite après le bombardement de la ville. Elle ne sera jamais reconstruite.

 

 

 

 

 

 

148ème ri, Givet, caserne

La voie ferrée passait derrière la caserne. Dès on peut s'interroger sur la raison de l'embarquement des troupes en gare de Givet. pourquoi ne pas avoir embarqué près de la caserne?

Un détail d'une carte allemande, la ville de Givet et ses environs

 

 

 

 

148ème ri, Givet, carte

  Sources

A.Ev. Namur pour les paroisses citées

JMO du 148ème ri, site Mémoire des Hommes.

JMO des grandes unités, brigades, divisions et corps d'armée, site Mémoire des Hommes

Archives départementales du Nord, bureau Cambrai, 1910, registre  matricule.

Cartes postales anciennes

Carte allemande, collection personnelle

Album du 148ème RI en 1912.