Heures tragiques, la situation internationale s'aggrave

000 crise de juilletFin juillet, vu l’évolution des tensions entre l’Allemagne et la France « l’état de danger de guerre » comme le note  le colonel Cadoux, est décrété et tous les régiments de couverture  sont mis sur le pied de guerre.  Quelques réservistes sont rappelés comme Jules Goffin prévenu dans la nuit du 31 juillet au 1er août et qui rejoint le régiment avec d’autres alors que la mobilisation n’est pas encore décrétée.

Mais le 31 juillet, devant l’aggravation de la situation diplomatique, le ministre de la guerre français envoie le fameux télégramme à tous les commandants de régiments assurant la couverture du pays. Le pli rouge ! Ce document confidentiel contient les ordres de mission. Le 148ème RI, en garnison à Givet, doit se déployer sur la basse Meuse entre Fumay jusqu’au Bac du Prince , à la frontière belge. Conjointement à ce déploiement, d’autres services sont assurés par une partie des cadres du régiment. L’accueil des réservistes n’est pas le moindre.

 

l'ami de l'odre aoît 1914 février 1915 001a

   La mobilisation française est commentée

dans la presse belge

Les mesures françaises sont les mêmes qu'en Belgique

"Givet  encore calme  hier matin est dans un état d'effervescence  extraordinaire"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le JMO du régiment

jmo1Journée du 1er août

« Toutes les issues de la ville sont barricadées. Les postes douaniers sont renforcés par quelques troupes d’infanterie  Les premiers réservistes « rappelés individuellement » commencent à arriver dans la soirée.

Journée du 2 août: « Arrivée de l’ordre de mobilisation. Les différentes commissions de réception des chevaux et voitures fonctionnent l’une à Givet, l’autre à Fumay. Arrivée des réservistes de Givet et Fumay »

Journée du 3 août: «  Les réservistes sont habillés à la caserne Rogé par le cadre du premier échelon » dont fait partie Joseph Degaugue.

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A l'instar du sursitaire Paul Rativeau, les rappelés rejoignent en masse le régiment.

Paul Rativeau, étudiant en droit, arrive le 5 août. Décédé par blessure de guerre, le 24 novembre 1915 à l'hôpital de Toulon.

  Journée du 4 août: « Les avant-postes sont poussés un peu plus en avant, des patrouilles vont jusqu’aux postes douaniers français. A 16 heures, le tocsin tonne à l’église de Givet. La guerre est déclarée. Les affiches sont apposées sur les murs et édifices de la ville ». D'autres  réservistes arrivent. « caporal d’ordinaire, je reçois les réservistes qui sont presque tous du Nord » note J. Degaugue dans son carnet. Les classes 1913 et 1912 étant encore sous les drapeaux, les effectifs sont complétés en priorité par des hommes des classes 1910 et 1911. On rencontre néanmoins quelques soldats de la classe 1909, voire 1918,  dans les effectifs du régiment d’active comme:

gugert decd yvoir 148Gugert Edouard, cl. 1909, tué à Yvoir  et Grégoire René, cl. 1908, disparu à Onhaye

gregoire rené1908

 

 

 

 

 Les classes antérieures et le solde des classes 1909 et 1910  iront grossir les rangs du 348ème RI, le régiment de réserve du 148ème.

 

Quelques volontaires se présentent dans les mairies afin de souscrire un engagement c'est le cas de

engagé volontaireGoffinet  Charles  "engagé volontaire pour 4 ans, le 5 août 1914 à la mairie de Mézières dans le 148ème RI".

Hommes rappelés venus en masse mais également des « insoumis » qui avaient refusé l’appel et qui s’étaient réfugiés en Belgique ou bien qui avaient changé lieu de résidence « domicile inconnu ».. Ils étaient repris dans une liste et toujours recherchés par la gendarmerie. Mais également des déserteurs du temps de paix, qui comme les insoumis fuyaient la gendarmerie.

déserteur retrouvéLes recherches entreprises par la  gendarmerie donnent certains résultats. Des déserteurs sont appréhendés.

J. L. de Givet est considéré comme déserteur le 15 décembre 1909 et retrouvé le 31 mars 1914. Condamné par le conseil de guerre le 27 mai 1914 pour désertion à l'intérieur en temps de paix à 5 mois de prison, il rejoint son régiment. Il mourra le 26 septembre 1915 sur le champ de bataille. "Tué à l'ennemi".

Ces "réfractaires à la vie militaire"  profiteront du décret du 1 août 1914 et de la loi d’amnistie du 5 août 1914 pour rejoindre le régiment et effacer leur faute ! Certains d’entre eux, retrouvés en Belgique,  seront raccompagnés par les gendarmes belges jusque la frontière.

Les exemples ne manquent pas. L'occasion de se refaire "une virginité judiciaire".

000 alfred C des

 

Alfred C. déclaré déserteur en 1912 "s'est présenté volontairement le 7 août 1914

 

 

01 deserteur amnisite

 Et cet Albert C. lui aussi déclaré déserteur  en 1913,  effaçant sa faute en profitant de ces lois d'amnistie

 

gendarmes belges

 

Les gendarmes belges escortent les "extradés" et autres déserteurs et insoumis  vers la ville frontière de Givet.

carte postale ancienne

Un citoyen français marié avec une habitante de Profondeville (village en Belgique) était en réalité un insoumis. Marié le 21 juillet 1914, il rejoint son régiment en août 1914 et trouve la mort en septembre 1914. Laissant une jeune veuve au village.

Voir Un insoumis dans le village de Profondeville (en construction)

 

Néanmoins, malgré cette clémence,  plusieurs ne se présenteront toujours pas et seront considérés

alors comme déserteurs en temps de guerre!

MM. R. employé de profession, degré d'instruction de 3, un appelé du département du Nord (Maubeuge) est reporté pour faiblesse en 1913.  Rappelé le 22 août 1914, il ne se présente pas.  Il est donc  considéré comme déserteur du temps de guerre. Retrouvé à Maubeuge, il est incarcéré à la prison de Marseille jusqu'au 15 octobre  1915 et doit purger le reste de sa peine dans un bataillon d'infanterie légère d'Afrique. (El Aouin, près d' Oran). Arrivé au corps comme soldat de deuxième classe, il est nommé caporal, secrétaire du major. Sera nommé sous-officier (sergent, le 1 er août 1919, date à laquelle, il s'engage  pour une durée de 6 mois!

N’a pu rejoindre… pour raison de force majeure

C'est le cas de Gauthier Charles, de la classe 1913 qui po, la levée n'a pas eu lieu. L'ajourné est donc dans l'incapacité de rejoindre son régiment. "N'a pu rejoindre son corps pour raison de force majeure".

0 force majeure b

Son cas n'est pas unique. Certains, précise leur fiche matricule,  sont restés cachés dans leur famille, d'autres ont choisi de vivre dans les bois . Ce n’est qu’après la fin des hostilités qu’ils ont pu effectuer leur service.  "Demeuré en région envahie"

0 force majeure (1)Jacquemin Charles, naturalisé Français... L'Alsace et la Lorraine étaient allemandes

0 force majeure (2)

 

 

 

 

 

 

 

 

Brasseur Jules ne rejoindra que le 15 février 1919

les reservistes du 148ème 348ème ri

Des mobilisés  (classes anciennes) envoyés au régiment de réserve, le 348ème Ri.

"400 réservistes destinés au 148ème Ri à Givet sont arrivés le 2 août (au 348ème Ri.) le 1er jour de la mobilisation"....

extrait du JMO du 348ème RI.

Edmond Barant, trop âgé, en 1914, pour le 148ème Ri

ed barant verdun 1905

ed barant verdun 1905 1Deux photos prises lors de son service militaire.

Edmond Barant a fait son service militaire au 148ème RI en 1905, le régiment était, à cette époque caserné à Verdun. Versé dans la réserve et affecté, comme douanier, à la défense de la place de Maubeuge, il fut capturé le 14 septembre 1914 et envoyé à Minden.

barand edmond 348èmeri

 

Barand Edmond transféré de Minden vers Dulmen le 21 mai 1917.

 

 

Le 5 août 1914,  le 148ème Ri est complet.

force du régiment en aooût 14

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un Etat-major

une compagnie hors rang,

3 sections de mitrailleuses (2 pièces)

66 officiers

3338 sous-officiers, caparaux et soldats répartis dans 12 compagnies

(3 bataillons à 4 compagnies)

178 chevaux (pour les officiers et les véhicules de transport des munitions, vivres et bagages)

 Le colonel Cadoux

cadoux_colonel01Né le 30 décembre 1855 à Vézelay de Jean-Baptiste (gendarme impérial)  et dame Rougeot Elise, marié le 11 juin 1889 à la demoiselle Marie Louise Robert (avec l’autorisation du général du 5ème corps d’armée).  « Engagé volontaire pour 5 ans le 5/11/1874 à Troyes. Recruté en 1875. Rejoint le 79ème RI comme soldat de 2ème classe. Il gravit rapidement les échelons passant de  soldat, caporal, sergent, sergent-fourrier, sergent-major et adjudant de 1875 à 1878. Il travaille trois ans comme adjudant.  Il entre en 1881 comme élève officier à l’école militaire d’infanterie de Saint-Cyr,  passant au 82ème ri comme sous-lieutenant en 1882. Il y preste jusqu’en 1892 pour terminer au grade de lieutenant de 1ère classe. Il mute et arrive le 14 août 1893, au 148ème RI comme capitaine. Il quitte le régiment pour monter en grade. Chef de bataillon au…( ?) et il reviendra en 1914 au 148ème RI comme colonel commandant le régiment. Un régiment qu'il quittera le 7 septembre 1914 étant promu général de brigade (138ème brigade d'infanterie)

 

CADOUX Henri Claude - Off

 

"Officier général vigoureux, Sur le front depuis le début de la campagne a su inspirer confiance à ses troupes et a  fait preuve de de belles qualités professionnelles dans l'organisation de son secteur".

jmo du 7 septembre 1914

L'extrait du JMO du 148ème RI du 7 septembre 1914

 

voir son passage comme capitaine au 148ème RI dans:

http://148emeri.canalblog.com/archives/2018/04/17/36328415.html

 

Ses trois chefs de bataillon

vanniere a1er bataillon, commandant  Vannière

Paul Albert Vannière, né le 1er septembre 1863 à Lupcourt, Meurthe et Moselle, de Charles Auguste et Jansin Marie Adélaïde, marié le 24 août 1891 à Crevel Jeanne Henriette  (avec l’autorisation du général commandant le 13ème corps d’armée).  Engagé volontaire, (il a devancé l’appel). Soldat de 2ème classe le 8 octobre 1881 au 58ème RI,  caporal puis sergent en 1883/1885, il  entre à l’école militaire d’infanterie comme élève officier le 21 avril 1885, pomotion Madagascar.  Sous-lieutenant en 1886/1889  au 149ème RI. il passe lieutenant (1889-1894) au 46ème RI, mute vers le   110ème RI puis réintègre le 46ème RI. Capitaine 1896-1901 aux 154ème RI puis au 119ème RI. Il y est nommé Capitaine adjudant-major en 1911. C'est-à-dire adjoint au chef de bataillon et en attente d'être promu à ce grade. Chose faite le 28 mars 1913, il est nommé commandant  du 1er BN/148RI. Le 7 Septembre 1914 , suite au départ de son colonel, il prend le commandement provisoirement du 148ème RI. Le 15 septembre 1914, à Berry-au-Bac, il est atteint  à la jambe gauche par un éclat d'obus.

Il est cité à l'ordre de la 5ème armée, le 15 septembre, le 287 et le 148ème RI ont enlevé de nuit Berry-au-Bac, occupé par 3 bataillons allemands, (2BN du 16ème IR et 1BN du 4ème IR de la garde) faisant environ 200 prisonniers. Malgré cette blessure, il prend , le 19 septembre,  le commandement comme lieutenant-colonel du 329ème RI.

 

 

graussaud onh2ème bataillon Graussaud

Louis Léonard Graussaud, né le 12 décembre 1860 à Paris (16ème arrondissement), fils de Pierre (employé résidant Quay de Passy 42) et de Chantal Marguerite, lingère.  Orphelin, son tuteur est Mr. Quellier. Célibataire. Novembre 1881, soldat au 2ème régiment des Zouaves, présent en Afrique.  Régiment dans lequel il gravit les échelons de sous-officiers, Caporal (1882), " a fait partie des colonnes appelées à réprimer des mouvements insurrectionnels sur le territoire algérien",   caporal-fourrier (mai 1883), sergent (juillet 1883) puis sergent-major (novembre 1883) . Il entre comme élève officier à l'école militaire d'infanterie le 20 avril 1885 (Promotion du Fou Tchéou) et en sort sous-lieutenant nommé au 77ème Ri.  (en mars 1886) puis au 76ème Ri (mars 1887). Il y devient sous-lieutenant porte-drapeau (avril 1889). Lieutenant (mars 1890) au 150ème Ri puis capitaine (mars 1897) au 4ème RI. Il passe au  141ème Ri. (février 1906) puis toujours comme capitaine au 4ème tirailleurs algériens (Afrique du Nord). Il quitte l'Afrique du Nord (février 1912)  pour revenir en métroploe au 133ème RI comme capitaine adjudant-major. Il est en attente d'une nomination de commandant de bataillon. Grade qu'il assumera au 148ème RI en 1914. Il meurt à Onhaye le 23 août 1914.

bertrand43ème bataillon Bertrand

Bertrand Paulin, né le 4 mars 1865 à Aouste dans le département des Ardennes, de Amand et de dame Marie Eugénie Charpentier, marié le 25 juillet 1893 à demoiselle Noémie Moullart (autorisation du général commandant le 6ème corps d'armée).  Etudiant, degré d'instruction de 5, le maximum, il s'engage comme volontaire  pour 5 ans le 27 octobre 1885 au bureau de recrutement de Charleville et intègre immédiatement  l'école spéciale militaire de Saint-Cyr. Sa carrière militaire est calme, il ne connaît que peu de mutations à l'inverse de ses deux collègues. Il gravit les échelons militaires à l'ancienneté.  Elève de seconde classe en octobre 1885, élève de première classe en  avril 1887, il est promu sous-lieutenant au 91ème RI en octobre 1887 puis lieutenant en juin 1891. Il reste dans ce régiment jusqu'en avril 1899 quand il devient capitaine au 33ème RI. Un régiment qu'il ne quittera qu'en 1914 à sa nomination comme chef de bataillon au 148èmeRI. "C'est un capitaine sorti des rangs du 33ème" écrit  Cadoux qui ne semble pas le porter en grande estime et qui le critique assez sévèrement pour son attitude à Dinant, le 15 août 14. Pourtant c'est encore lui qu'il enverra au feu pour les combats de Namur le 23 août suivant!

 Le régiment en août 1914, en ordre de bataille

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Il manque quelques sous-lieutenants qui,  en 1914, étaient élèves à Saint-Cyr. Les circonstances ont voulu qu'ils intègrent des régiments alors que leur formation était à peine ébauchée. Beaucoup de ces fougueux jeunes officiers perdront la vie dans les premiers combats. Nous rencontrerons ces jeunes appelés du 148ème RI. arrivés dans le courant du mois d'août.

Au nom de tous les soldats du 148ème RI en 1914.

PierreFIEVETadroite1Pierre Fievet, à droite. photo famille.

 

PFIEVETb (1)Sources

Archives du CICR, fiche des prisonniers, celle de E. Barant

MDH, JMO du 148ème RI

Archives départementales des Ardennes et du Nord pour les classes 1908-1913, registres de la matricule.

A. Ev. Namur, notes du colonel Cadoux, , boîte S.15

Base Léonore, les officiers décorés de la Légion d'honneur

Archives départementales de la Sarthe, carnet Deguaugues, cote 1J 461 1/2

Gallica, journaux anciens, juillet 1914.

Cartes postales anciennes

Pour le soldat Jules Goffin, voir la page éditée  "Les premiers jours de guerre de Joseph Degaugue"

* Pour Edmond Barant, le réserviste trop âgé, photos de famille, merci à M. Bernard Barant