Le 15 août en début d’après-midi, trois des quatre compagnies du IIIème bataillon du 148ème RI engagées se retirent de la zone des combats. Immédiatement, les officiers dressent un bilan des pertes. Un appel est effectué à tous les échelons de la troupe. Un constat! Nombre d’hommes manquent à l’appel. Ils sont, selon la terminologie militaire,  considérés comme disparus. Que sont-ils devenus ? Tués, blessés, disparus…?   A part quelques décès ou blessés avérés, les autres ne sont que suppositions.!

La suite des événements et les recherches entreprises par les familles et la Croix-Rouge permettront de corriger les hypothèses, certains de ces disparus  sont tombés aux mains de l’ennemi. Prisonniers !

0006 boulenger 12 cie

 Ce serait donc  les hommes des trois sections de la 12ème cie  détachées sur la rive droite de la Meuse.

La fiche de la matricule d'A. Boulenger précise qu'il faisait partie de cette 12ème compagnie.

Une section dans la citadelle, une section en avant-poste dans les campagnes de Dinant près de la route de Sorinnes (elle se repliera vers la citadelle dès le début de l’attaque) et la troisième défendant une barricade à Leffe. Au total, une cinquantaine de soldats se trouvent « isolés » sur la rive droite. Isolés et sans espoir de soutien ! Des observateurs « sacrifiés ».  Les combats s’engagent sur trois fronts. Bouvignes, Anseremmes et Dinant. Seuls les défenseurs de la Citadelle de Dinant entrent en contact avec l’ennemi. Les Allemands, sauf une reconnaissance de quatre hommes, ne traversant pas la Meuse, ne feront pas, en ce 15 août, de prisonniers sur la rive gauche.

00 pris dinant1 L’historique du 13ème bataillon  de chasseurs  saxons  fait état de 24 soldats du 148ème capturés lors de la prise de la Citadelle.

"24 Français du 148ème régiments emmenés en captivité"

Extrait de l'historique du 13ème JB saxons

0002 prisonniers DinantUn autre document, l’historique du 12ème bataillon de chasseurs saxons, note également  la capture  de "75 prisonniers du 33ème RI et 148ème RI" confondus. 24 donc dans la citadelle plus quelques-uns qui ayant quitté la place forte, ont, avec ceux du 33ème RI, tenté vainement  de rejoindre la rive gauche du fleuve.

Extrait de l'historique du 12ème JB saxons

Des miraculés lorsqu’on sait le sort réservés à certains défenseurs de la Citadelle, tués, décapités et certains démembrés par les assaillants. .

 Trois listes retrouvées à l'heure actuelle des recherches, pour un nombre de 50 prisonniers.

0003 liste1

0004 liste2

pris dinant nouvelle liste

Extrait de la liste de soldats envoyés à Ohrdruf:  Nom du soldat (....), son grade (soldat de 2ème classe), son régiment  (148ème RI), le lieu de la capture (Dinant). . Certains noms présentent une ou l'autre différence orthographique.Sont-ce les même soldats?

 Arte, Berteau,(Barteau) Boue, Boudeville (Boutleville ) , Boulenger (Boulanger), Brabant ( Braibant), Breton,  Champagne, Cerisier, Croix, Cromoeze (Crombez?) , Delcourt, Deljekier, Delmot, Deveau, Erisman, Exautier, Fouder (Fonder) Fugar, Freuze, Gachet, Gadion, Gaillard, Gauffart, Germont, Guisset, Guinaire, Henry (Remy et Désiré), Jaspin, Lacroix,  Lefèvre, Lepignay, Lignier, Lenié, Leprieur, Martin, Matelet, Matlée, Morin, Mortuaire, Perrault, Pringeau (Pringeon), Raux , Rollot, Rousseau, Roux,  Royaux (Noyaux?) , Sergeant, Surdeau, Tellier, Terniaque, Théry, Valentin, Vanhoeve, Vanier, Vasseur,

A cette liste, il faudrait ajouter encore  Guilloteaux Jean-Baptiste, Leduc Sylvain, Dimier Alfred et Bernard Joseph retouvés dans la liste des rapatriés valides. (voir extrait en fin de page).

Les noms en caractères gras ne font pas partie des listes retrouvées.  Ce sont des noms de prisonniers retrouvés dans les archives départementales au gré d’un dépouillement.

Dans ces listes de noms, on constate parfois des erreurs dans certaines graphies. Boulenger et Boulanger ne sont qu'une seule et même personne, tout comme Bertau et Barteau, Boudeville et Boutleville, Brabant et Braibant, Pringeon et Pringeaux. Le contenu des fiches de la Croix-Rouge et de la fiche de la matricule permet de les reconnaître .  En revanche, Raux - Roux et Martelet - Matlée, Crombeze et Crombez (ces derniers non vérifiés) posent problème. Ces différences orthographiques proviennent de la compréhension à l'audition de noms français par les scribes allemands. Ces différences poseront des problèmes aux délégués de la Croix-Rouge lorsqu'ils devront rechercher un soldat suite à la demande d'une famille. Roux et Raux, sa fiche de la matricule donne l'information "capturé à Dinant et interné à Orhdruf". Seules la date et le lieu de la capture coïncident. Est-ce suffisant?

Les "matricules" nous informent

0005 raux2Raux Lucien, né le 29 mai 1892 à Villers Plouich, département du Nord,  cultivateur de profession, marié à Mademoiselle Marthe Druq (ou Drecq). Taille 1,76m cheveux et yeux châtains,  front haut, nez moyen, visage ovale.

"Incorporé au 148ème RI... DISPARU et FAIT PRISONNIER,  le 15 août à Dinant. Interné à Ohrdruf puis Soltau venant de Munster". Il sera rapatrié le 26 octobre 1918.

 

 

0007 croix emileDe même que Croix Emile "DISPARU ET FAIT PRISONNIER" le 15 août à Dinant  (Belgique) Interné à Ohrdruf. Il sera rapatrié le 27 ocobre 1918. Comme la plupart, ils ont été momentanémment considérés comme disparus.

 

Retirés de la zone de combat

 Emmenés immédiatement vers l’arrière, ces prisonniers sont regroupés à Sorinnes, base de départ de l’attaque allemande à quelques kilomètres de Dinant. Certains  y recevront quelques soins dans le lazaret installé au château. Le lendemain, après une nuit passée à la belle étoile, ce sera le départ en colonnes surveillées par des chasseurs du XIIIème bataillon saxon. Une longue marche vers Marche-en-Famennes  où ils seront chargés dans des trains à bestiaux vers l’Allemagne. Un voyage que l’on devine difficile.

0008 texteL'arrivée au camp, en pleine nuit, après un voyage éreintant."Entre les fils de fer" carnet d'un prisonnier de guerre, Gallica.

Le camp vers lequel ils sont dirigés se nomme Ohrdruf. Un camp d'attente ou de tri, avant d'être envoyés vers d'autres camps.

ohrdruf000

 

Un camp au centre de l’Allemagne, distant de plus ou moins 500 km de la frontière belge. Les villes voisines sont Gotha et Erfurt, un peu plus à l’Est, la ville de Iéna, célèbre par les campagnes napoléoniennes. Un camp situé sur un plateau et qui, avant la guerre, servait de champ de manœuvres à l’armée allemande. Les prisonniers seront logés dans d’immenses baraques. Le climat y est rude.

carte Ohrdruf

  Ohrdruf, un camp au centre de l'Allemagne

Le camp de Ohrdruf avec d'autres camps dans lesquels les prisonniers du 148èmeRI seront envoyés

Munster I et II, Zwickau, Altengrabauw, Langensalza, Stendall et Cassel

Après une certaine période passée dans un camp,  les prisonniers sont évacués dans d’autres camps.

Chaque changement est inscrit sur la fiche du prisonnier. Une organisation très efficace qui permettra de suivre chaque prisonnier.

Le camp d'Ohrdruf

 

ohrdruf 1a

 

l'arrivée de prisonniers dans la gare d'Ohrdruf

 

 

 

 

Un ancien camp d'entraînement des troupes allemandes

 

 

 

 

Le camp , un ancien camp d'entraînement pour les troupes "allemandes"

 

 

Quelques exemples de l'organisation allemande. Les fiches des mutations des camps

braibant cassel puis - Copie (2)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le soldat André Braibant, fiche P 49750, le 19 décembre 1916, (dernière mise à jour de la fiche).

Nationalité française. Evacué de Cassel (le 7/12) sur Langensalza (11/12), faisant partie du 148è RI, capturé à Dinant le 15/8/ 14, , né le 15/ 8 /1894, adresse de contact, Mr Braibant à Monthermé.

Il avait 20 ans le jour de sa capture! Triste anniversaire!

champagne ed02

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le soldat Champagne Edmond, 148ème RI, capturé à Dinant le 15/8/14. Evacué le 1/5/1916 d'Ohrdruf vers Cassel.

boudeville - Copie

 

 

 

 

 

 

 

Le soldat Boudeville originaire de Vireux-Wallerand, muté d'Ohrdruf vers Stendall

Pendant ce temps, en  l’absence de nouvelles, les  familles s’inquiètent . Quel est le sort réservé à leur parent ? Elles ne furent tranquillisées qu’après la réception d’une première lettre d’Allemagne, d’autres durent attendre les recherches entreprises par la Croix-Rouge internationale avant d’être instruites du sort du disparu.

Une première lettre venant du camp...

je me trouve à ohrdruf

lettre de orhfru

l'entête de la carte

et le cachet postal

"Je me trouve à OHRDRUF"... source Cercle philatélique lexovien,     http://cpl14.fr/?p=3249

henri prevenir en 14 - CopieSi quelques familles reçoivent une première lettre de leur parent -on peut deviner leur joie,- la plupart des ménages entreprendront des recherches aidés en cela par la Croix-Rouge internationale. Des délégués scruteront les listes à la recherche d'un nom, d'un prénom. Il vérifieront si la date de naissance ou le régiment, voire le grade correspondent afin de ne pas créer de fausse joie aux demandeurs. Alors seulement le résultat de l'enquête sera communiqué. Hélas, parfois les recherches n'aboutiront pas.

C’est ainsi que le la famille du soldat Henri Emile est prévenue en décembre 14 de la présence d’Emile dans le camp.  Henry Emile, du 148ème RI, 12ème compagnie (il était en défense dans la citadelle) pris le 15 août à Dinant Belgique. nIL faut informer Mr. Docquier, 41 avenue de Laon, 41 Reims

Communiqué le 11/12/14/Ohrdruf

Une note est ajoutée sur la fiche... il y a également un Henry Désiré soldat du 148ème RI, pris à Dinant et retenu à Ohrdruf.

henri double - Copie

 

 

 

 

La feuille d'informations concernant les deux Henry du 148ème RI, pris à Dinant le 15/8/14.

Prévenue en décembre 1914, c'est relativement rapide, d’autres familles ne seront averties que dans le courant 1915, voire 1916 et même en 1918 pour un cas rencontré, Ces  prisonniers étaient introuvables. Les listes dressées par les autorités allemandes contiennent de mauvaises graphies des noms. Ce qui complique la recherche.

Erisman Charles Alphonse.

erisman grand - Copie

Une erreur dans le lieu de la capture. Givet Dinant

erisman grand1 - Copie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

erisman grand2 - Copie

  Plusieurs demandes furent envoyées au CICR et il semblerait que ce n'est qu'en septembre 1918  qu'il est retrouvé dans le camp de Langensalza; "Il y est" et réponse transmise  aux deux demandeurs le 23 septembre 1918. Les familles ont vécu  dans l'angoisse plus de 4 ans.

« IL est vivant» ! Ce cri a certainement résonné dans de nombreuses demeures. Bien que retenus dans un camp à l’étranger, ils étaient en vie. L’angoisse faisait place à l’espoir de les revoir vivants. A l’époque, on pensait que la guerre n’allait pas durer, ce n’était donc qu’une question de semaines, de mois pour les plus pessimistes.

Les événements allaient en décider différemment. La plupart  ne reviendront dans leur foyer que dans le courant de l’année 1919, quelques plus chanceux seront de retour fin de l’année 1918. Depuis le 15 août 1914… cela fait, pour ces premiers captifs, presque cinq longues années d’attente derrière les barbelés allemands. Ils seront rapatriés depuis le camp de Munster.

Pour les plus chanceux, suite à des accords passés entre les belligérants sous les auspices de la Croix-Rouge, des échanges de prisonniers valides auront lieu à partir du mois d'avril 1914. Avant ces accords, seuls les prisonniers malades étaient rapatriés. Cette fois, des prisonniers de grades équivalents seront échangés. Nombre pour nombre: "Seront directement rapatriés, tête pour tête, grade pour grade, les sous-officiers, caporaux et soldats en captivité depuis 18 mois au moins au moment de la mise en vigueur du présent accord et qui ne rentrent dans aucune des catégories prévues à l'article premier". L'article premier envisageait les cas des soldats âgés de plus de 45 ans et/ou père de trois enfants.

Ohrdruf rapatriement

  Plusieurs soldats du 148ème RI profiteront de l'aubaine.

Dont:

Cerisier Rosa rapatrié le 17 octobre 1918

mais également

Crombez Hippolote, Gaillard André, Leduc Sylvain, Dimier Alfred,

 

Ohrdruf rapatriement1

Rousseau Théodule, Noyaux Arthur, Barteaux Paul  et Bernard Joseph

 De nouveaux noms viennent s'ajouter à la liste des prisionniers du 15 août à Dinant. 

Le premier, actuellement et au vu de l'état d'avancement des recherches, à être revenu serait Henry Emile, qui se trouvait dans le convoi du 2 août 1918. Les convois étaient dirigés vers Constance avant de passer en France

En revanche, Charles Erisman que l'on a retrouvé qu'en 1918... ne reviendra que le 11 janvier 1919.

Né à Givet le 16 mars 1892 mais résidant à Molenbeek Saint-Jean, orphelin de mère. Il s'engage le 27 janvier 1911 pour un terme de 3 ans. Il deviendra caporal en 1913. Il se réengage le 27 janvier 1914 pour un terme d'un an.

pris à dinant

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Il y aura encore deux soldats du 148ème RI hospitalisés à Dinant et qui ne pourront pas être évacués à temps.

guilloteauxaa

 Deux noms dans la liste des blessés du 148ème RI hospitalisés à Dinant:

6ème compagnie Guilloteaux Jean-Baptiste pour blessure perforante de la cuisse droite et 4ème compagnie Devaux Alfred pour blessure à la jambe. Une blessure reçue, le 23 août,  au pont d'Yvoir lors des combats pour le franchissement du fleuve (La Meuse) menés par les Allemands. Ils sera transféré à Dinant

devaux yvoir

 

 

"blessé au Pontivoir" = Pont d'Yvoir

guilloteaux dinant

Guilloteaux Jean-Baptite, prisonnier le 24, date de l'entrée des Allemands dans la ville. Mais il attendra encore une douzaine de jours, le temps d'être transportable, avant d'être emmené vers l'Allemagne.

Sa fiche est "introuvable" dans les archives de la Croix-Rouge internationale. Une erreur dans la graphie de son nom? Ce qui rend la recherche difficile et non aboutie?

ecriture

Car des différences orthographiques,  on en remarque. L'exemple du Pontivoir n'est pas unique.

Antey pour Anthée et Woulsort pour Waulsort et combien d'autres.

à noter de des erreurs sont également relevées chez nos alliés français qui confondent Anhée et Anthée.

 

 

cougv

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sources

Lettre et cahet d'Ohrdruf, merci aux responsables du cercle philatélique Lexovien http://cpl14.fr/?p=3249

 Archives de la Croix-Rouge internationale

Mémoire des hommes, conflit 14-18, morts en captivité

Archives départementales du Nord et des Ardennes, registres de la matricule

Gallica:  photo du camp et extraits "Entre les fils de fer", carnet d'un prisonnier

Europeana, photo du camp

Archives de l'Evêché de Namur, fond Schmitz, les blessés à Dinant

Historiques des 12è et 13è bataillons de chasseurs saxons

Collection et patrie, A. Trubert. Dans la réalité, on est loin de cette image "idyllique" du prisonnier qui fanfaronne devant des civils allemands. Mais l'entretien du moral des populations était à ce prix.