Bouvignes, actuellement

0 BouvignesVues de Bouvignes, lignes rouges, positions françaises, la flèche = Dinant

0a BouvignesVue depuis Bouvignes, traits rouges, positions allemandes, la flèche = Houx

  

La défense du capitaine Roques avec la 11ème compagnie

2 bouvignesLa 11ème compagnie en 1912

1 BouvignesLe capitaine Roques en 1912

  Des témoins racontent

 

4 bouvignesCertains faits qui n'ont pas échappé aux témoins, des faits que l'on retrouve dans le rapport du capitaine Roques.

Les soldats du 11ème bataillon de jägers investissent les collines de la rive droite mosane. Les défenseurs tirent sur les assaillants. Un canon allemand se met en batterie sur la colline et tire sur le village. Les obus atteignent quelques maisons mais également le château transformé en ambulance et "protégé" par le drapeau de la Croix-Rouge. La riposte de l'artillerie française n'est pas  rapide.  Ce n'est qu'en début d'après-midi que les batteries françaises ont réellement donné et pris l'ascendant sur l'artillerie allemande. Après le bombardement, les premières troupes allemandes descendent du plateau et s'engagent vers la vallée. "Sur quatre rangs" un détail confirmé par le capitaine Roques  dans son rapport. Le château de Bouvignes, propriété de la famille Amand, c'est dans cette demeure que sera installée, à la demande de Madame Amand, une unité de soins pour les soldats blessés. Malgré un drapeau de la Croix-Rouge sur la toiture, la bâtisse sera endommagée par des obus. Heureusement sans conséquence pour les vies des civils et des soldats.

L'artillerie française contrebat la position ennemie, avec succès selon le témoin.

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A gauche, le château de Bouvignes à proximité de la passerelle
La défense de la 11ème compagnie du capitaine  Roques est renforcée par une compagnie du 33ème et une section de mitrailleuses du 33ème RI.

« Lors de l’ouverture du feu, 5 sections, plus la section  mitrailleuses, occupent la ligne de feu solidement retranchées derrière le talus du chemin de fer et derrière un abri fait de sacs de terre placé à l’entrée même du pont sur la rive gauche, des créneaux étaient aménagés entre les sacs de terre pour les mitrailleuses qui enfilaient le pont et pour les fusils, une section était placée avec les mitrailleurs derrière cet abri , elle était encadrée de chaque côté de deux sections qui avaient aménagé le talus pour tirer du chemin de fer parallèle à la Meuse. Sur le pont, un réseau de fils de fer barbelés d’environ 20 m de profondeur. En réserve 3 sections complètement à l’abri, l’une en arrière du pont, les deux autres respectivement en arrière de la gauche et de la droite. A la tête d'une de ces sections, le jeune sous-lieutenant Pedehontaa, à peine sorti de Saint-Cyr, promotion Montmirail, qui participera encore au combat de Namur avec sa compagnie et qui, hélas, trouvera la mort à Berry-au Bac.

9 a B (1)Extrait du rapport du capitaine Roques

"Mission pour la ligne de feu, empêcher coûte que coûte l’ennemi de franchir le pont,  mission pour les sections de réserves contre-attaquer en employant uniquement la baïonnette dans le cas où l’ennemi parviendrait à passer".

La fusillade commença à 8 h 30 avec le crépitement ininterrompu des mitrailleuses (il devait y avoir 6 mitrailleuses devant nous)

À 9h15, l’ennemi a commencé à tirer sur le village sans nous faire aucun mal, un obus mit le feu au château, d’autres ont endommagé un certain nombre de maisons. Aucun homme ne fut atteint et la première surprise passée, l’effet moral fut à peu près nul.

Le combat dura jusque 13heures 05 en se ralentissant fort à partir de 12h 30. Les Allemands (11è bataillon de chasseurs de la garde) se présentèrent sur la crête en colonne par 4 et furent aussitôt saisis à 500 m par la section de mitrailleuses et la section du pont. Ils se dispersèrent immédiatement et n’offraient plus dès lors que des buts très peu visibles sans toutefois, de temps en temps, par quelques bons tireurs, atteindre  la mitrailleuse. L’ordre étant d’économiser les cartouches pour le cas où l’ennemi tenterait le passage du pont, "il a été, de notre côté, consommé très peu de munitions, une douzaine en moyenne par soldat ». En début d’après-midi une compagnie du 8ème RI arrive de Sommière pour renforcer le point de défense de Bouvignes.

9e BouvignesPéluchon Jean, tué à l'ennemi.

Les pertes de la 11ème compagnie se chiffrent à  un officier (lieutenant Péluchon)  ainsi que 4 soldats tués, il faut encore ajouter  4 soldats blessés dont un  grièvement, Aimé Manesse décèdera des suites de ses blessures quelques jours plus tard.

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Manesse André, "trouvé sur lui: porte monnaie avec 2,65fr et une carte d'électeur".

Mort à l'ambulance de Bouvignes, le lendemain de l'occupation allemande (le 24 août), inhumé dans le cimetière de la localité

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9 a B (3)

Le bilan du combat dressé par le capitaine. 

Outre ces deux victimes, il faut encore citer

Crinon G.,

Maison A.,

Pierrard G.,

Leroux L.

A l’inverse des autres compagnies du 148ème, la 11ème compagnie ne quittera le théâtre des opérations que le lendemain et ne rejoindra  le IIIème bataillon que dans l'après-midi du 16août.

Le capitaine Roques insiste sur le soutien appréciable apporté par la compagnie du 33ème RI ;

Les pertes sont plus importantes à la compagnie du 33 ri. Une des sections de réserve, celle de droite, a été surprise par le feu d’une mitrailleuse ennemie, une quinzaine d’hommes sont tombées, le sous-lieutenant qui commandait a été blessé à l’épaule droite et au bras gauche. Le sous-lieutenant Frimat, chef de la 2ème section rapporte: « une section ennemie se  présenta dans mon secteur, je fis ouvrir le feu, cette colonne qui était par colonne par 4 se dispersa aussitôt en tirailleurs. L’ennemi se trouvant sur une crête à environ 500 m caché derrière des buissons, je ménageais les munitions pendant que l’ennemi dirigeait  sur nous une fusillade continue tant des tirailleurs que des mitrailleuses que de l’artillerie. Grâce à une forte tranchée pour tirer, ma section est sortie indemne du combat.  à 17 heures notre artillerie obligeait l’ennemi à battre en retraite. Les hommes de ma section ont conservé leur calme pendant la durée du combat". "Les caporaux Robinet et Delmont ont de plus obtenu des résultats remarquables dans leurs tirs ».

 

9a Bo

 

Le rapport du capitaine Roques. Extrait

Bouvignes, 23 août 1914

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bouvignes, la sortie du pont, le quai de Meuse , la rampe d'accès. Photo allemande prise après le 23 août 1914.

Peluchon Jean

Tué à l'ennemi   "est glorieusement tombé pour la France, le 15 /08/1914 à Bouvignes (Belgique) tandis que sans soutien d'artillerie, il résistait crânement à une attaque de la garde allemande".

7gExtrait de l'Etat civil régimentaire tenu par le sous- lieutenant Lux

 

"... Acte de décès de Jean Isaïe Albert René Péluchon, lieutenant au 148ème ri, âgé de 35 ans, né à Caubon Saint-Sauveur (Lot et Garonne), domicilié route de Bonsecours à Givet. Décédé le 15 /08/1914 à dix heures du matin sur le champ de bataille de Bouvignes. Conformément à l'article 77 du code civil, nous nous sommes transporté auprès de la personne décédée et assuré de la réalité du décès. Etant très éloigné du  champ de bataille, nous n'avons pu nous assurer de la réalité du décès".

 

Qui est ce lieutenant Péluchon?

 

 

 

148ème ri, Bouvignes, acte de naissanceNé le 3 janvier 1879 à Caubon-Saint-Sauveur, un petit village  dans le département du Lot et Garonne, fils de Jean, instituteur et de Sol Marie-Thérèse, sans profession.

 

 "est comparu Péluchon Jean Albert , instituteur, âgé de 30 ans, domicilé au bourg de cette commune, lequel nous a présenté un enfant de sexe masculin, né aujourd'hui dans sa maison d'habitation, à onze heures du matin de lui, déclarant, et de Marie Thérèse Angèle Sol, son épouse, âgée de 24 ans, sans profession auquel enfant il a déclaré vouloir donner les prénoms de Jean Isaïe Albert René"

 

 

À 18 ans, il devance l’appel de la conscription et le 8/01/97, il signe un engagement de 4 ans (engagé volontaire). Les  renseignements physionomiques à son sujet sont laconiques : il taille 1 ;66m, ses cheveux et sourcils sont noirs, les yeux châtains foncé ( ?) front ? (ill), le nez est moyen ainsi que la bouche et le visage ovale. Pas de marques particulières.

Le 10 janvier 1897,  il entre au 70ème régiment d’infanterie caserné à Vitré, département de l’Isle et Vilaine comme soldat de seconde classe. Georges Sol, son oncle, le frère de sa maman, y est capitaine. Le jeune engagé passe caporal le 23 août 1897 puis sergent le 23 septembre 1898. Faisant certainement preuve de certaines dispositions, il exerce, entre avril 1899 et mars 1901,  les fonctions de sergent-fourrier lorsque la nécessité s’en fait sentir.  Son engagement étant terminé, il  est mis en congé le 10 janvier 1901. Le voici redevenu civil ! Pour peu de temps.  Il signe le 8 juin 1902, un nouvel engagement au 138ème ri avec son grade de  sergent. Attiré  par la carrière militaire ou influencé par son oncle capitaine au 70ème ri  et son beau-frère, lieutenant au 20ème ri, il  demande à suivre les cours de l’Ecole militaire d’infanterie à Saint-Maixant. Une école qui permet à des sous-officiers faisant preuve d’aptitudes au commandement d’accéder au grade d’officier. Il y est admis et sortira, promotion 1904/1905, 195ème sur 237 élèves comme sous-lieutenant.

148ème ri BouvignesExtrait du Journal officiel de 1904, la publication des résultats des différentes écoles militaires

 

148ème ri, Bouvignes, Anseremme

 

 

148ème ri Bouvignes Dinant

 

1er avril 1904, il est affecté au 136ème ri. un régiment caserné à Saint-Lô. Du 14 mai au 15 août 1908, il en est brièvement détaché pour suivre une formation à l’école normale de gymnastique et d’escrime à Joinville- le-Pont

école normale de gymnastique et d'escrime de Joiville-le-Pont.

148ème ri, Joinville-le-Pont

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Entretemps, le 11 novembre 1905, il a convolé en justes noces avec la demoiselle Léglu Thaïs, et ce, avec l’autorisation du général commandant le 10ème corps d’armée. Georges Sol, oncle du côté maternel du marié, chevalier de la Légion d'Honneur, chef de bataillon au 132ème ri et Eugène Coadit, beau-frère du marié,  lieutenant au 20ème ri signent comme témoins.

148ème ri, Dinant 1914

 

 

 

 

 

 

148ème ri Bouvignes 1914

1911, nouvelle affectation. Il mute vers le 128ème RI. De nouveau, il suit une formation, du 1er janvier au 4 février 1912, au tir cette fois, dans le camp d’entraînement du Ruchard.

148ème ri, NamurIl passe lieutenant et, le 8 avril 1914, « par décision ministérielle », est  muté, « pour motif de service »,  vers le 148ème RI qu’il rejoindra le 4 août 1914.

148ème ri, péluchon 01aIl est affecté comme  lieutenant  dans la 11ème cie du capitaine Roques. Quelques jours par après, il connaîtra un sort funeste en défendant la passerelle de Bouvignes.

 

Quelques documents et photos le concernant

Péluchon Jean Isaïe SGA

 

Sa fiche sur Mémoire des Hommes

 

148ème ri, péluchon 9d joff 12 mars 1920

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Citation dans le Journal officiel. En 1920, il sera décoré, à titre posthume de la Légion d’Honneur: "chevalier de la Légion d'Honneur. Croix de Guerre avec étoile vermeil".

 

lux

 

 

 

 Curieusement, Jean Péluchon ne figure pas sur le monument aux morts de sa commune. Une plaque commémorative de tous les citoyens de  Caubon Saint-Sauveur ne reprend pas son nom.

Photos M. Bazias

148ème ri, Caubon Saint-Sauveur

 

148ème ri, péluchon mam

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En revanche, il est repris sur le monument aux morts de Meilhan sur Garonne, un bourg voisin. Mais sous le prénom de René. Une trace de son inhumation à Bouvignes.

148ème ri, péluchon 08

 

 

 

148ème ri, péluchon 09

 

Le monument aux morts de Meilhan sur Garonne

 

La tombe dans le cimetière militaire de Dinant (Belgique)

 

148ème ri, péluchon 09c

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

148ème ri, péluchon 02

 

Saint-Maixant l'Ecole, sur la façade du musée militaire, plusieurs plaques commémoratives reprenant les noms des officiers, formés à cette école, tombés entre 1914 et 1918

 

 La plaque de la promotion  1904

 

148ème ri, péluchon, 03

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Photos personnelles

 

 

 Sa fiche matricule extraite des archives départementales du Lot et Garonne,

peu fournie en informations.

148ème ri, péluchon 01

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Son dossier officier aux archives de Vincennes

148ème ri, archives de Vincennes

L'acte de décès retranscrit dans le registre des décès de la Mairie de Caubon Saint-Sauveur.

148ème ri, péluchon 07

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

148ème ri, péluchon 07a

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Sources pour le combat de Bouvignes

Archives SHt, Vincennes, les rapports des officiers présents à Dinant le 15 août 14

 

JMO du 148ème ri

 

Photos de l'album du 148ème en 1912.

 

Notes du colonel Cadoux

 

Mémoire des Hommes, les fiches des "Morts pour la France"

 

Archives CICR, document sur A. Manesse.

 

Archives Evêché, la paroisse de Bouvignes

 

Cartes postales anciennes et photos personnelles.

 

Sources pour le lieutenant Péluchon

 

Archives de Vincennes, dossiers officiers

 

Archives départementales en lignes , état civil, naissances et mariages et décès de Caubon Saint-Sauveur (Lot et Garonne) et de Valence (Tarn et Garonne)

 

Archives départementales du Lot et Garonne, registre de la matricule.

 

Journal officiel (Gallica) 1902, 1903 et 1904 aux dates, jours et mois,  reprises dans le texte.

 

Archives du CICR, inhumation du lieutenant Péluchon

 

Mémoire des Hommes, la fiche MPLF

 

Cartes postales anciennes

 

Photos personnelles du musée de Saint-Maixant l'Ecole

 

Merci pour leur partage d'informations à

 

 Mme A. Duchène

 

M. Bazias,

 

et D. Laheyne