Ce texte n’explique pas les combats de Dinant dans leur ensemble, des travaux très sérieux se sont penchés sur la question.

Inutile donc d’y revenir. Plus simplement, par des extraits de documents, nous tenterons de situer les éléments du 148ème ri

dans « l’affaire de Dinant ».

00 citation de Cadoux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Le 9 août, une section du 148ème RI occupait déjà la citadelle de Dinant. Une rotation s'effectuait quotidiennement et lorsque le  15 août, la section de garde du 148ème  effectue sa patrouille, les Allemands s'avançaient déjà vers Dinant.

7 Sorinne carteCarte extraite de l'historique du 13ème bn des chasseurs saxon

  Tôt le matin, les Allemands, débouchant  de Sorinnes, investissent le plateau qui domine la ville de Dinant.

" Le lendemain, 15 août, ... de bon matin...,  nous vîmes arriver partout des soldats allemands en moins de temps qu'il ne fait pour le dire, tout fut entouré, les clôtures partout coupées et les haies coupées pour se frayer un passage et en-dessous de la ferme (Herbuchenne) ce n'était que mitrailleuses..." raconte la fermière du lieu.

1-positions françaises, 2-premier combat pour la prise de la citadelle, 3-Sorinnes, départ de l'attaque, 4-la ferme d'Herbuchenne.

Le 15 août à l’aube….

 Rapport du commandant Bertrand, chef du IIIème bataillon du 148ème RI

 « 06h. Dinant est attaqué par des unités d’infanterie appuyées par des mitrailleuses et une batterie d’artillerie ». L’attaque est frontale, Bouvignes, Citadelle et Anseremme sont sous le feu ennemi. Un des objectifs premiers de l’ennemi est de déloger les défenseurs de la Citadelle afin de pouvoir se rapprocher des crêtes mosanes, cette action permettant de dominer le fleuve, la ville et ses ponts.Les hommes du 148ème occupent la citadelle pendant que deux compagnies du 33ème Ri envoyées en renforts occupent le terrain.

Les deux compagnies disposées devant la citadelle soutiennent le premier choc  mais la pression  est trop forte, c’est un premier repli vers la citadelle. Les avant-gardes allemandes sont proches. Malgré une défense acharnée, les lignes cèdent. Jusque 11 heures, la défense tient encore mais  « à ce moment, décimées et sans aucun appui d’artillerie »,  le commandant Grasse (33ème ri)  se résout à quitter la position.  Un dernier combat a lieu dans la forteresse même, un combat à la baïonnette.

10 citadelle combatUn combat à la baïonnette. Voici quelques années, les visiteurs de la Citadelle pouvaient voir cette représentation des combats dans les galeries souterraines.

5 Dinant escalierLe verrou saute en fin de matinée. Profitant d’un certain flottement ennemi, les fantassins français s'échappent de la forteresse. Une descente vers la ville en empruntant la longue rampe d’escaliers sous le feu intense des mitrailleuses allemandes. Des blessés, des tués mais également 67 soldats capturés.

la rampe d'escaliers (la partie basse) menant vers la ville.

 

 

sortie du fort baïo

 

 

12 citadelle de Dinant

 

 

 

 

 

 

 

La rive droite est évacuée, laissant le champ libre aux troupes saxonnes.

Selon l'historique du bataillon allemand: « bientôt la rive de ce côté-ci  de la Meuse fut abandonnée par l'ennemi (les Français); de ce fait, notre ligne de feu se trouvait sur les bords escarpés de la Meuse  combattant les forces ennemies sur l'autre rive, plus plate. Les tireurs français se détachaient (( ?) étaient fort visibles) et étaient des cibles faciles à viser, comme sur un stand de tir ».

Depuis la Citadelle, les tireurs saxons découvrent les défenseurs du 148ème à peine protégés par un le muret qui longe les quais.

0006 danger

Extrait du JMO du 33ème ri.

Ce que confirme le commandant Bertrand dans son rapport.  Les tirs des mitrailleuses  et de l’artillerie qui avaient "été sans  efficacité contre Dinant tant que la citadelle tenait, devinrent terribles.  Les nôtres ainsi dominés étaient à peu près impuissants contre un ennemi abrité et masqué ». Les compagnies en subissaient tous les effets sans pouvoir riposter. La batterie était invisible et les mitrailleuses masquées derrière les arbres et les rochers. La batterie allemande ayant gagné par échelon les crêtes voisines de la citadelle exécuta un tir à démolir sur les parapets du pont. La position devenait intenable,  il devenait de plus en plus impossible de rester dans Dinant.

6boitel tirC'est la compagnie du capitaine Boitel qui "eut le plus à souffrir"

Bertrand demande en urgence  un appui d'artillerie mais en vain. Les tirs ennemis venant de la Citadelle font d’énormes ravages. Tenir dans Dinant devient peu à peu impossible. Depuis la citadelle, les tireurs allemands avaient une vue plongeante sur les positions françaises.

Extrait des notes du capitaine Denoble qui retraça, sur base des rapports des officiers,  la chronologie des faits qui se sont déroulés à Dinant en ce 15 août.

« Il fallait à tout prix éviter les effets terribles d’un feu ennemi puisqu’il n’y avait pas moyen d’y répondre » explique encore Bertrand. À ce moment, les défenseurs de la citadelle débouchent sur la rive droite juste en face du pont. Pendant la traversée du pont, les pertes s’alourdissent encore car ce sont des cibles faciles pour les tireurs embusqués sur les hauteurs. Sur la rive droite totalement aux mains ennemies, « la compagnie du lieutenant von Bossequin (? graphie?) a réussi à atteindre la Meuse » capture 67 soldats français.  D’autres fantassins qui n’ont pu se dégager, se cachent dans les maisons. À peine les rescapés du fort ont-ils passé le pont que des mitrailleuses allemandes appuyées par de l’infanterie se positionnent sur la rive droite, face au pont, L’ennemi estime pouvoir profiter de ce mouvement de flottement chez les Français pour tenter le franchissement du fleuve.

Les avant-gardes saxonnes recherchent les défenseurs restés sur la rive droite du fleuve

Dinant, nettoyage

 

 

 

 

 

 

Extrait du JMO du 33ème ri.

7 deux contre attaques

4 Dinant De Gaulle

La statue de Charles De Gaulle à Dinant, près de l'endroit où il fut blessé.

  Craignant que l'ennemi ne poursuive sur sa lancée et ne franchisse le pont, le commandant Bertrand lance une contre-attaque.  C’est la  11ème compagnie du 33ème RI  du capitaine Maes qui est lancée sur le pont. Parmi les fantassins, un jeune lieutenant, Charles De Gaulle. Il sera blessé dès l’entame de la charge à la baïonnette. C'est un échec. Si l'on ne veut pas faire massacrer toute la compagnie, il faut se replier. La décision est prise.  Vers 11h 30, le chef de bataillon Bertrand donne l’ordre de décrocher :.« La route de Philippeville et la voie ferrée étaient balayées par les balles des mitrailleuses, je me suis, avec le  lieutenant Jacquelot et une poignée d’hommes,  retiré par ladite route. Le capitaine Boitel et un certain nombre d’hommes de la 12ème compagnie gagnèrent cette route par le collège de Dinant. Les officiers de la 10ème compagnie et le sous lieutenant  de la 12ème compagnie  se jetèrent avec ce qui leur restait d’hommes dans les maisons et se retiraient par les jardins ». Quelques Allemands, (quatre hommes et un sous-officier) passent sur la rive gauche mais heureusement ne poussent pas leur effort plus loin que les premiers faubourgs de la ville.

6 resté en arrière

Des hommes du 148ème n'ayant pu décrocher se cachent dans les maisons en attendant un éventuel retour du régiment.

 

11 repli sous le feuLa route de la retraite sous le feu de la citadelle, direction Onhaye

9 Dinant retraite

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dinant retraite

 

 

 

 

 

 

 

L'itinéraire de repli est sous le feu ennemi depuis la citadelle

Dinant est tombé aux mains ennemies!

« Vers 13 heures notre artillerie commençait à intervenir et permettait aux hommes restés dans Dinant de se reformer sous les ordres de leurs officiers. Les compagnies disloquées se sont dirigées en partie vers Anthée ou Serville, (10ème et 12ème cies)  et en partie sur Hastières (9ème cie)  ».

La reconquête de la ville

Le IIIBn/ 148ème s'est retiré de la ville. Il n'y reste que quelques petits groupes de soldats cachés dans les caves des maisons et qui attendent un éventuel retour de leur régiment. L’artillerie française commence à donner. Les  75 (canons) français  supérieurs en efficacité aux 77 (canons)  allemands renversent la situation. La bonne fortune des armes change de camps.  Les pertes sont du côté ennemi. Les 8ème et 73ème RI, chargés de la reprise de la ville, traversent le fleuve, se répandent sur la rive droite, les hommes du 8ème Ri  montent à l’assaut de la citadelle. Ce qu’ils vont y découvrir est terrible. "Sur le glacis, des corps de soldats dont plusieurs du 148ème, un spectacle horrible, des corps décapités, mutilés, des blessés qui ont été achevés, percés de coups de baïonnette. Un caporal du 148ème « pendu par son ceinturon avait les parties coupées ».

Les troupes saxonnes se dérobent, non sans mal, sous le feu des artilleurs français, abandonnant des morts et des blessés.

Que sont devenues les sections du 148ème RI présentes sur la rive droite?

Le commandant Bertrand ne fait jamais allusion à leur retour sur la rive gauche du fleuve. Les deux sections qui se trouvaient à la Citadelle ont certainement été, (en partie du moins)  capturées. Les historiques allemands donnent le nombre de 24 soldats du 148ème ri capturés.

00 pris à DinantExtrait de l'historique allemand, 24 soldats du 148ème ri.

Certainement ceux de la citadelle, les seuls à avoir été au contact des Saxons.  . Quant à la section  posée à Leffe et qui résiste « tant bien que mal derrière les barricades » son destin est plus incertain. . Plusieurs soldats du 148ème ont échappé à la captivité en se cachant dans les caves des maisons et délivrés lors du retour des 8ème et 73ème RI. . Les défenseurs de Leffe sont-ils de ceux-là? Les historiques du 148ème RI en parlent et affirment qu'elles ont été toutes les trois récupérées. Étonnant surtout pour les deux en défense de la forteresse. A prendre donc avec les réserves d'usage!

1 historiquehttp://tableaudhonneur.free.fr/148eRI-V2.pdf

 

 

1a historique

  https://horizon14-18.eu/wa_files/historique_20148RI.pdf

Le 148ème reprend Dinant? et délivre 3 sections..??

 

Le lendemain, c’est le temps des expertises.

les pertes du 3 bnLe colonel Cadoux fait son rapport auprès de la hiérarchie :

Un premier rapport alors que toutes les unités ne sont pas encore rentrées.  Cadoux l'écrit d'ailleurs " aucune nouvelle de la 9ème cie qui occupait le pont d'Anseremme".  Puis un second alors que tout le bataillon s'est reconstitué à Annevoie.

Ces pertes seront revues fortement à la hausse. Malheureusement!

Au nom de tous les  morts

00 cambonLe médecin aide-major Cambon, tué en allant soigner des blessés sur le terrain.

00 beth et citationLe soldat Beth Charles

 

 

 

 

 

 

 

 

00 beth la citationLa citation du soldat Beth, décoré à titre posthume Croix de guerre avec étoile de bronze.

 

 

 

00 cimetière de Dinant

L'avis du colonel sur "l'affaire de Dinant"

De plus, et la chose est étonnante, à mots couverts, le colonel Cadoux désavoue son subalterne et  donne son avis sur la conduite de son IIIème bataillon, du moins sur son chef. Il n’est pas tendre « ... le commandant Bertrand s’est accordé des droits qu’il n’avait pas. Très consciencieux et s’étant toujours bien comporté depuis le début de la campagne, je n’ose le blâmer mais il a pris une responsabilité qui en fait une victime. Il est également fâcheux que dès le début de la journée, un chef fut pris d’affolement ainsi qu’en témoignent les multiples coups de téléphone qu’il donna pour demander de tous côtés l’appui du canon à opposer au 77 allemand qui avec les échos de la vallée fit plus de bruit que de besogne ».

00 citadelle Dinant, entréeQuelques vues de la Citadelle

00 citadelle Dinant entrée

 

 

 

 

 

 

 

00 citadelle de Dinant casemate

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CAMBON MARC,  

cambonFiche "Mort pour la France"

Cambon Marc Eugène. Félix

grade: aide major de seconde classe

corps 148ème ri

N° matricule

au corps 442, classe 1906

2125 au recrutement de Bordeaux

Mort pour la France le 15 août (le 16) au combat de Dinant, Belgique.

Genre de mort tué à l'ennemi

Inhumé au cimetière de Dinant

 

Acte de décès dressé par l'officier d'Etat civil du régiment, le sous lieutenant LUX

12g cambon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

12ga cambon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Deux témoins, les soldats Delvaux et Gilliard signent l'acte de décès.

Cambon Marc,

Cambon Marc Eugène, Félix, , est né le 13 novembre 1886  à Bordeaux, département de la Gironde. Fils de Jean Marie  et de dame Coussole Célina.

148ème ri cambon Dinant 1Fiche signalitique dossier officier.

 

Si sa fiche physionomique de son dossier d’officier le définit comme ayant les cheveux châtain foncé, les yeux châtain, (avec des sourcils drus et foncés)  le front haut et large, un nez rectiligne et un visage étroit,  pour une taille de 1,67m. quelques cicatrices  remarquées  aux sourcils gauche et droit et au milieu du front,

 

148ème ri, cambon, Dinant 1aSur sa fiche matricule du département de la Gironde,

 

Outre la mention étudiant, degré d'instruction 5, on constate d'autres différences dans sa physionomie Couleurs des cheveux, forme du visage et du front… aucune cicatrice n’est relevée !

 

 

 

Né en 1886, il sera donc de la classe 1906 ! Mais lorsqu’il est appelé avec la classe 06, M. Cambon est étudiant à la faculté de médecine de Bordeaux. Il sollicite donc des sursis pour terminer ses études. Sursis qu’il renouvelle  de 1906 à 1910.

148ème ri, Dinant, cambon 2

 

148ème ri, Dinaznt, cambon 2aMarc Cambon a fait de brillantes études.

 

Un prix d' Allemand remporté au concours général des Lycées et collèges des départements en 1903. Il a 17 ans.

 

 

 

 

Le 26 mai 1911, (le 13 mai ?) il est  médecin, il renonce à ses sursis et rejoint le 49ème ri comme soldat de seconde classe. Le temps de suivre une rapide instruction militaire, car le 13 mai 1912, il y devient médecin auxiliaire puis mute, le 30 mai 1912, au 12ème ri pour y occuper les fonctions médicales et ce,  à partir du 7 juin. Brièvement car de nouveau il est muté  vers le 24ème ri d’artillerie le 10 décembre 1912. Il y termine son service militaire et, le 13 mai 1913, il passe dans la réserve de l’armée d’active, attaché au 58ème ri.

 

148ème ri, Cambon, DinantSur sa fiche matricule départementale, une différence de date. le 13 ou le 26 mai 1911?

 

Toutefois, il ne quitte pas le giron de l’armée et intègre l’école d’application du service de santé militaire en décembre 1913 afin de devenir médecin aide-major de seconde classe. C’est-à-dire comme médecin d’un bataillon.

 

 

 

148ème ri Cambon, Dinant 2Un décret du 16 janvier 1914, les élèves de l'école du service de santé militaire, les élèves reçus médecins nommés médecin aide-major.

 

Sa formation terminée et réussie, il rejoint le 148ème RI, IIIème bataillon du commandant Bertrand, le 5 mai 1914,

 

Il est présent à Dinant lorsque le 15 août, les Allemands lancent leur première attaque sur la ville. Son équipe médicale s’installe à l’hôpital civil et à fort à faire tant les blessés affluent. Devant la violence de l’échauffourée, les brancardiers ne suivent pas au ramassage des blessés aussi le médecin aide-major Cambon, accompagné d’infirmiers,  décide-t-il d’aller prodiguer ses soins sur le terrain. A peine est-il sorti de l'hôpital qu'une balle le fauche mortellement. Une balle dans le ventre  qui lui perfore les intestins. Par manque de moyens, il ne peut être opéré. Il est conscient que cette blessure si elle n'est pas soignée sera fatale. Le lendemain, il décède d'une péritonite.

 

 

 

Documents concernant cet officier.

 

148ème ri, les blessés, DinantPrésence du docteur Cambon à Dinant le 15 août 14.

 

 

 

 

 

 

148ème ri, Dinant, la blessureTémoignage des soeurs dominicaines qui aident le service de santé français

 

 

 

 

 

 

 

148ème ri, Cambon, blessureSa blessure, intestins perforés, "pérytonite", décédé le 16 août.

148ème ri, inhumé à Dinant, AnseremmeIl sera momentanément inhumé à Dinant.

 

CaptureCité pour son courage, " a été tué en allant sous un feu violent relever des blessés".

 

Le monument aux morts de Bordeaux

148ème ri, Cambon, Bordeaux1

 

148ème ri, Cambon Bordeaux2

 

 

 

 

Photos personnelles

Sa citation et sa Croix de guerre avec étoile de bronze pour fait de guerre

148ème i, Cambon, Bouvigne

 

 

 

148ème ri, Cambon, légion d'honneur

 

 

 

 

 

Sources pour M. Cambon

 

Archives de Vincennes, dossiers officiers du 148ème ri.

Archives départementales de Gironde, bureau de Bordeaux

Gallica, Journal officiel, 1903

Archives paroissiales de Dinant

CICR, fiche de recherche de prisonniers

Mémoire des hommes, fiche de décès et dossier état civil du régiment

Photos personnelles

Sources générales

JMO du 148ème ri

JMO du 33ème ri

Archives du commandant Denoble, archives française.

Mémoire des Hommes, fiches des morts pour la France,

Journal officiel , décrets et lois, citations des soldats

Historique du 12ème bataillon de chasseurs saxon

Photos personnelles

Merci à ,A. Metzler pour sa photo sur le combat à la baïonnette